Iran-États-Unis : un ex-responsable du Pentagone redoute une impasse durable

A large cargo ship navigating the open blue sea under a clear sky, showcasing maritime transport.Photo : Muhammed Zahid Bulut / Pexels

Le constat est rare par sa franchise. Un ancien responsable des affaires iraniennes au Pentagone, fort de deux décennies de suivi du dossier, affirme n’avoir jamais vu la relation entre les États-Unis et l’Iran aussi bloquée qu’aujourd’hui. Après quarante jours de guerre entre Téhéran et ses adversaires régionaux, l’analyste américain estime que Washington a perdu la main. Ses options, dit-il, sont désormais toutes mauvaises. Pour la première fois de sa carrière, il évoque une impasse totale.

Une guerre qui a renforcé la posture iranienne

L’ancien haut fonctionnaire rappelle avoir prévenu, dès le déclenchement des hostilités, que la République islamique sortirait du conflit plus offensive, prête à prendre davantage de risques et à entraîner la région dans un cycle prolongé d’affrontements. Ce scénario s’est vérifié. Malgré les frappes subies et les dommages infligés à ses infrastructures, Téhéran affiche une posture plus agressive, convaincue de disposer d’un avantage stratégique inédit. La seule variable sous-estimée par l’analyste concerne le levier acquis grâce au contrôle du détroit d’Ormuz, artère par laquelle transite près d’un cinquième du pétrole mondial.

Ce paramètre change la donne énergétique. En verrouillant ce goulet stratégique, l’Iran dispose désormais d’un moyen de pression direct sur les cours du brut, sur les compagnies maritimes et, par ricochet, sur les économies importatrices. Les États du Golfe, mais aussi plusieurs partenaires asiatiques et africains dépendants des hydrocarbures, observent avec inquiétude cette nouvelle géographie du risque. La prime de guerre intégrée au baril devient structurelle.

Des options américaines toutes coûteuses

L’ancien responsable détaille froidement les scénarios sur la table. Première voie possible : la désescalade négociée, avec assouplissement des sanctions, reprise des exportations pétrolières iraniennes et réintégration au système bancaire international. Mais après quarante jours de guerre, Téhéran serait animée d’une colère profonde, ne ferait plus confiance à Washington et exigerait un prix jugé humiliant. Un tel compromis, estime-t-il, serait politiquement inacceptable pour Donald Trump.

Seconde voie : l’accentuation de la pression militaire. Cette option conduirait à une escalade dispendieuse, dangereuse et sans horizon de sortie. Le coût humain, financier et diplomatique d’un enlisement prolongé au Moyen-Orient serait considérable, sans garantie de démanteler durablement le programme nucléaire iranien. L’analyste rappelle que la nature du conflit demeure fondamentalement bilatérale, opposant Washington à Téhéran, et que tout accord ultérieur exigera des concessions majeures du côté américain. Dans les deux hypothèses, l’Iran émergerait stratégiquement plus fort qu’avant la guerre.

Une nouvelle normalité pour la région

Le scénario le plus probable, selon lui, n’est ni la paix ni la guerre totale, mais une installation durable dans une instabilité gérée. Concrètement, les prochaines années verraient se répéter des affrontements réguliers entre forces américaines et iraniennes, des frappes ponctuelles contre les sites nucléaires par Washington ou Israël, un maintien du contrôle iranien sur Ormuz, une hausse structurelle des prix du pétrole et un renforcement de la présence militaire américaine dans la région.

Pour les capitales du Golfe, cette perspective signifie des dépenses de défense accrues et une équation sécuritaire recomposée. Pour les économies africaines importatrices d’énergie, notamment en Afrique de l’Ouest et centrale, elle se traduit par une facture pétrolière plus lourde et une volatilité accrue des marchés. Les pays exportateurs, à l’inverse, pourraient tirer un bénéfice conjoncturel de la prime de risque, sans que cela compense l’instabilité globale.

Le jugement final de l’ancien responsable du Pentagone est sans détour : la Maison-Blanche a transformé une situation qui offrait des options plus favorables en une guerre inutile, aboutissant à ce qu’il qualifie de désastre stratégique. Reste une inconnue : la capacité des acteurs régionaux, du Golfe à la Méditerranée, à contenir un affrontement que Washington ne semble plus en mesure de piloter seul. Selon Africtelegraph.

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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