La perspective d’une succession d’António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations unies (ONU) alimente déjà les tractations diplomatiques sur le continent africain. L’annonce de la candidature ougandaise au poste de secrétaire général de l’ONU en 2026 a provoqué une réaction sans détour du journaliste sénégalais Madiambal Diagne, figure médiatique influente à Dakar, qui dénonce un « mauvais coup tordu » visant à fragiliser d’autres prétentions africaines au sommet de l’organisation.
Une candidature qui bouscule les équilibres africains
La règle non écrite de la rotation régionale place l’Afrique en position légitime pour revendiquer le prochain secrétariat général, un poste que le continent n’a plus occupé depuis le mandat de l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali entre 1992 et 1996, puis celui du Ghanéen Kofi Annan jusqu’en 2006. Depuis, l’Asie, la Corée du Sud puis le Portugal se sont partagé la fonction, alimentant chez plusieurs chancelleries africaines le sentiment d’un tour attendu.
Dans ce contexte, la démarche de Kampala rebat les cartes. Le président ougandais Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, chercherait à peser sur la désignation en positionnant un profil national, alors que d’autres capitales du continent nourrissent, discrètement ou ouvertement, la même ambition. Pour les observateurs sénégalais, la coïncidence de calendrier n’a rien d’anodin.
Madiambal Diagne dénonce une manœuvre
Le fondateur du groupe Avenir Communication, Madiambal Diagne, n’a pas caché son irritation. À ses yeux, l’entrée en lice de l’Ouganda relève moins d’une ambition sincère que d’une opération destinée à diviser les soutiens africains et à empêcher l’émergence d’un candidat de consensus. Le chroniqueur estime que ce type d’initiative fragilise la capacité du continent à parler d’une seule voix au Conseil de sécurité, où siègent trois pays africains non permanents dont le poids reste tributaire des grandes puissances.
La sortie du journaliste s’inscrit dans une controverse plus large sur la stratégie diplomatique africaine. Faute d’un mécanisme contraignant au sein de l’Union africaine (UA) pour désigner un candidat unique, les États membres se retrouvent régulièrement en concurrence sur les postes internationaux, ce qui affaiblit mécaniquement leur poids dans les négociations finales. La désignation du secrétaire général relève in fine du Conseil de sécurité, où les cinq membres permanents disposent d’un droit de veto susceptible de faire chuter les meilleures candidatures.
Un enjeu de souveraineté diplomatique
Au-delà de la polémique, l’épisode illustre une réalité structurelle. La bataille pour le prochain secrétariat général ne se jouera pas seulement entre l’Afrique et les autres régions du monde, mais aussi à l’intérieur du continent, entre pôles anglophone, francophone et lusophone. L’Ouganda, membre du Commonwealth et allié historique de Washington sur les questions sécuritaires en Afrique de l’Est, ne pèse pas les mêmes soutiens qu’un candidat issu de l’espace francophone ou d’Afrique australe.
Pour Dakar, la question n’est pas anodine. Le Sénégal ambitionne depuis plusieurs années de renforcer son empreinte multilatérale, notamment via sa présence dans les enceintes onusiennes et au Conseil des droits de l’homme. Un candidat africain issu d’une aire linguistique concurrente compliquerait la lecture stratégique de Dakar, tout en obligeant la diplomatie sénégalaise à préciser ses arbitrages : soutenir un candidat continental par principe, ou défendre une ligne plus sélective fondée sur les affinités politiques et linguistiques.
Reste que la campagne pour la succession de Guterres n’en est qu’à ses préliminaires. D’autres candidatures devraient émerger dans les prochains mois, en provenance d’Amérique latine notamment, où plusieurs anciens chefs d’État se positionnent déjà. Les prises de position publiques d’éditorialistes influents comme Madiambal Diagne préfigurent le débat qui traversera les capitales africaines jusqu’en 2026, année de la désignation. Selon Seneweb.
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