Cacao camerounais : la production commercialisée chute de 19,9 % en 2025-2026

Close-up of cocoa beans drying in rural Nigeria, showcasing natural texture and agricultural process.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

La production commercialisée de cacao au Cameroun est tombée à 247 914 tonnes lors de la campagne 2025-2026, contre 309 518 tonnes un an plus tôt, selon les chiffres de l’Office national du cacao et du café (ONCC). Le recul atteint 61 604 tonnes, soit 19,9 % en un an. Cette contraction efface la totalité de la progression réalisée pendant la saison précédente, laquelle avait porté le pays à son plus haut niveau historique. La campagne s’est déroulée légalement du 1er août 2025 au 15 juillet 2026.

La notion mérite précision. Les volumes commercialisés recensés par l’ONCC correspondent uniquement aux fèves passées par les circuits officiels d’achat. Ils n’intègrent ni les stocks reportés, ni les ventes différées, ni d’éventuels flux transfrontaliers échappant au régulateur. Autrement dit, la chute mesure d’abord un affaissement des transactions déclarées, sans que l’on puisse encore isoler la part imputable à une baisse effective des récoltes.

Un plancher inédit depuis cinq campagnes

Le repli replace le Cameroun sous ses niveaux d’avant record. En 2021-2022, la filière avait écoulé 295 163 tonnes. La saison 2022-2023 avait ensuite reflué autour de 263 600 tonnes, avant une remontée à près de 266 700 tonnes en 2023-2024. Le sursaut spectaculaire de 2024-2025 apparaît désormais comme une parenthèse. Le volume de 2025-2026 se situe environ 47 000 tonnes en dessous de celui de 2021-2022 et près de 19 000 tonnes sous le résultat de 2023-2024.

L’ONCC n’a pas détaillé les causes précises de cette contraction. Aucun élément public ne permet, à ce stade, d’arbitrer entre une baisse réelle des rendements, un report de ventes lié à l’évolution des cours ou une déperdition vers les circuits informels. Pour mémoire, les prix bord champ observés lors de la campagne record 2024-2025 avaient oscillé entre 3 210 et 5 400 FCFA le kilogramme, un niveau qui avait pu inciter les producteurs à écouler massivement leurs stocks.

Sécheresse et vieillissement des vergers pèsent sur l’offre

La filière camerounaise reste confrontée à un faisceau de contraintes structurelles bien identifiées. L’irrégularité des précipitations, l’allongement des épisodes de sécheresse, la pression parasitaire, l’appauvrissement des sols et le vieillissement des plantations sont régulièrement pointés par les acteurs du secteur. Ces facteurs perturbent la floraison des cacaoyers, la formation des cabosses et la disponibilité du matériel végétal indispensable au renouvellement des vergers.

Le témoignage de la Société de développement du cacao (Sodecao) illustre l’ampleur du défi agronomique. L’opérateur public reconnaît perdre en moyenne 40 % à 60 % des jeunes plants dans certaines de ses pépinières, sous l’effet du déficit hydrique. Dans son centre d’Ebolowa, il avait déjà chiffré à près de 40 % les pertes liées à l’insuffisance des dispositifs d’irrigation en saison sèche. Des équipements d’arrosage sont désormais déployés pour endiguer cette mortalité et sécuriser l’offre de plants.

Ces pertes limitent mécaniquement la capacité de la filière à régénérer ses vergers, alors même que la stratégie nationale vise à accroître les rendements sans étendre la culture vers les zones forestières. L’équation reste délicate : produire davantage sur la même surface, dans un climat de moins en moins prévisible.

Le Centre demeure le premier bassin d’achat

La géographie de la commercialisation confirme la prééminence de la région du Centre, qui a concentré 44,54 % des achats de la campagne, soit environ 110 421 tonnes. Sa part relative recule néanmoins par rapport aux 45,8 % de 2024-2025, signe que d’autres bassins ont mieux résisté. Le Sud-Ouest suit avec 19,87 % du total, autour de 49 261 tonnes, devant le Littoral et ses 18,50 %, soit près de 45 864 tonnes.

Le Sud et l’Est pèsent respectivement 6,54 % et 6,17 %, tandis que l’Ouest capte 4,14 % des achats. Le Nord-Ouest et l’Adamaoua restent marginaux, à 0,19 % et 0,06 %. Cette cartographie retrace les lieux d’enregistrement des transactions, non l’origine strictement agricole des fèves, une partie de la production pouvant transiter d’une région à l’autre avant d’être déclarée.

Reste que l’interprétation stratégique de ce repli suppose d’attendre les données sur les exportations, la transformation locale, les stocks et les flux transfrontaliers. Sans ces éléments, le chiffre de 19,9 % renseigne surtout sur la santé des circuits officiels que sur l’état réel de l’appareil productif camerounais. Selon Investir au Cameroun, l’ONCC devrait publier des éléments complémentaires dans les prochaines semaines.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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