Cameroun : l’État évalue 38 entreprises publiques sur 2022-2024

Stunning aerial view of Yaoundé cityscape with green landscapes and urban architecture.Photo : K / Pexels

Le Cameroun poursuit son entreprise de mise en ordre du secteur parapublic. À travers un classement portant sur 38 entreprises publiques, le gouvernement camerounais entend hiérarchiser les performances des sociétés à participation étatique sur la période 2022-2024. L’initiative, rendue publique par les autorités, dresse un état comparatif des résultats financiers, opérationnels et de la contribution de chaque structure aux comptes publics. Elle prolonge une exigence de transparence désormais inscrite au cœur du dialogue avec les bailleurs internationaux.

Une évaluation qui redessine le portefeuille de l’État

Le portefeuille public camerounais compte plusieurs dizaines d’entités opérant dans des secteurs stratégiques : hydrocarbures, énergie, télécommunications, transports, agro-industrie, services financiers. Ces sociétés portent une part significative des investissements publics et représentent un enjeu budgétaire de premier plan pour Yaoundé. L’évaluation actuelle vise à distinguer les entités rentables et bien gouvernées de celles dont la trajectoire pèse sur le Trésor.

Depuis plusieurs exercices, la Commission technique de réhabilitation des entreprises du secteur public et parapublic (CTR) documente les fragilités structurelles d’un pan entier de ce portefeuille. Endettement croisé, sous-capitalisation, gouvernance défaillante, subventions récurrentes : les faiblesses identifiées ne sont pas nouvelles, mais leur cartographie s’affine. Le classement 2022-2024 servira de socle aux arbitrages à venir, qu’il s’agisse de recapitalisations, de restructurations ou de cessions.

Performance, gouvernance et contribution budgétaire

Le référentiel d’évaluation repose sur une batterie d’indicateurs croisant chiffre d’affaires, résultat net, respect des obligations fiscales et sociales, mais aussi qualité de la reddition des comptes. Les entreprises régulièrement défaillantes sur la transmission de leurs états financiers certifiés se retrouvent mécaniquement pénalisées dans la hiérarchie. Cette exigence documentaire, longtemps théorique, prend désormais une portée opérationnelle dans les décisions gouvernementales.

Le ministère des Finances et celui en charge du Portefeuille de l’État se partagent une tutelle historiquement complexe, où se superposent des ministères sectoriels aux prérogatives parfois concurrentes. La consolidation d’un classement unique constitue à cet égard une avancée méthodologique. Elle offre un langage commun aux différentes tutelles et un outil de pilotage aux instances de gouvernance des entreprises concernées.

Concrètement, les sociétés les mieux notées pourront espérer un appui renforcé de l’actionnaire public, notamment sur les plans d’investissement. À l’inverse, celles reléguées en bas de tableau s’exposent à des mesures correctives, allant du renouvellement des équipes dirigeantes à la révision des mandats de service public. Le message envoyé aux directions générales est sans ambiguïté : la reconduction dans les fonctions dépendra désormais davantage des indicateurs de gestion que des équilibres politiques traditionnels.

Un chantier scruté par le FMI et les bailleurs

La démarche s’inscrit dans le prolongement des engagements pris par le Cameroun auprès du Fonds monétaire international dans le cadre du programme économique et financier en cours. La question de la performance des entreprises publiques figure parmi les points d’attention récurrents du FMI, qui pointe régulièrement les risques budgétaires liés aux garanties souveraines et aux transferts au profit de sociétés déficitaires. La Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Cameroon Development Corporation (CDC) ou encore la Sonara concentrent depuis plusieurs années les inquiétudes des analystes.

Pour les investisseurs privés, ce classement offre un signal utile. Il donne un aperçu des contreparties publiques les plus fiables dans les projets de partenariat public-privé, un format que Yaoundé souhaite privilégier pour combler son déficit d’infrastructures. Reste que l’exercice ne produira ses effets que s’il s’accompagne de sanctions et de récompenses effectives. Les précédents rapports d’évaluation, aussi rigoureux fussent-ils, ont parfois buté sur l’inertie administrative et sur des considérations politiques échappant à la logique gestionnaire.

Le calendrier des mois à venir sera scruté de près. Publications des rapports détaillés par entreprise, ajustements de gouvernance, éventuels plans de restructuration : autant d’étapes qui permettront de mesurer la portée réelle de cette évaluation. Dans un environnement macroéconomique tendu, la capacité du Cameroun à assainir son portefeuille public conditionne une part de sa marge budgétaire. Selon Journal du Cameroun.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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