Au Liban-Sud, un mouvement discret mais révélateur se dessine dans les localités frontalières longtemps considérées comme acquises à l’influence israélienne. Selon des informations relayées par la presse libanaise, plusieurs familles quittent ces villages situés dans ce que l’armée israélienne qualifie de « zones jaunes », périmètres tampons établis à la lisière de la ligne bleue depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Ce reflux met à mal un dispositif que Tel-Aviv espérait pérenne.
Un dispositif tampon qui s’effrite au Liban-Sud
Les « zones jaunes » désignent des espaces intermédiaires que l’armée israélienne prétend surveiller sans les occuper directement, en s’appuyant sur des relais locaux et sur d’anciens réseaux hérités de la période de l’occupation, achevée en 2000. Le modèle repose sur une équation simple : garantir une forme de stabilité économique et sécuritaire aux habitants disposés à coopérer, en échange d’une neutralisation de l’activité de la résistance dans ces localités. Un an après l’entrée en vigueur de l’accord parrainé par Washington et Paris, l’équation ne tient plus. Les familles concernées invoquent la précarité, l’isolement et la crainte de représailles à mesure que l’État libanais réaffirme, même timidement, sa présence institutionnelle.
Ce départ progressif touche des localités emblématiques du dispositif, où opéraient historiquement les cadres de l’Armée du Liban-Sud (ALS), supplétive d’Israël dissoute en 2000. Les descendants de ces réseaux, longtemps courtisés par les services israéliens, se retrouvent aujourd’hui exposés à un environnement politique et sécuritaire qui ne leur offre plus de garanties tangibles. La promesse d’un retour normalisé à la vie civile, formulée à mots couverts par des intermédiaires, s’est heurtée à la réalité du terrain : ni reconstruction significative, ni protection crédible, ni perspective d’intégration économique durable.
Une équation sécuritaire déséquilibrée par Tel-Aviv
Le pari israélien reposait sur l’idée que la pression militaire exercée durant les treize mois de guerre ouverte avec le Hezbollah avait durablement affaibli la capacité d’encadrement social du parti chiite dans les villages frontaliers. La réalité observée depuis le début de l’année contredit ce postulat. Les frappes répétées menées par l’aviation israélienne sur des zones résidentielles, y compris dans des localités présentées comme coopératives, ont brouillé la lisibilité du contrat implicite proposé aux familles. Concrètement, le statut de « collaborateur » ne protège plus ni des bombardements, ni de l’ostracisme communautaire.
La reprise, même partielle, du déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani, prévue par l’accord de cessez-le-feu et supervisée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), modifie également le rapport de force local. Les familles qui misaient sur une zone grise durable se retrouvent prises en étau entre une souveraineté libanaise en reconstruction et une puissance israélienne dont les engagements paraissent volatils. Plusieurs départs auraient été négociés discrètement vers l’intérieur du pays, voire vers l’étranger, via des filières familiales préexistantes.
Un signal politique pour Beyrouth et pour la région
L’érosion du modèle des « zones jaunes » dépasse le seul enjeu tactique. Elle prive Tel-Aviv d’un instrument classique de sa doctrine frontalière, hérité des années 1980 : entretenir une profondeur stratégique par procuration, sans engagement territorial direct. Pour Beyrouth, le phénomène ouvre une fenêtre politique inédite. Il permet d’aborder la question sensible des retours et de la réintégration sans se heurter frontalement à la présence structurée de réseaux hostiles à l’État.
Reste que la trajectoire demeure fragile. La reconstruction du Sud, chiffrée en milliards de dollars par la Banque mondiale, avance à un rythme insuffisant, et les tensions autour du désarmement des groupes non étatiques rythment l’agenda gouvernemental. Les capitales du Golfe, sollicitées pour financer le redressement, conditionnent leur engagement à des réformes structurelles que Beyrouth peine à formaliser. Dans ce contexte, l’effritement du dispositif israélien constitue moins une victoire acquise qu’un indice de recomposition, dont les autorités libanaises devront tirer parti rapidement pour consolider l’autorité de l’État sur la bande frontalière. Selon Al Akhbar, ces départs s’accélèrent depuis plusieurs semaines dans les localités les plus exposées.
Pour aller plus loin
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