Gaza : le Conseil de la paix de Trump peine à exister

A woman in Gaza washes clothes amidst the rubble, highlighting resilience and survival.Photo : Hosny salah / Pexels

Le Conseil de la paix sur Gaza, structure ad hoc promue par la Maison-Blanche depuis l’été, prend des airs de coquille vide. Quatre mois après son lancement, l’organe destiné à coordonner la reconstruction et la transition politique dans l’enclave palestinienne n’a toujours pas achevé sa composition, ni précisé son mandat opérationnel. Les chancelleries qui devaient en constituer l’ossature multiplient les réserves, quand elles ne diffèrent pas leur engagement formel.

Un format présidentiel en quête de substance

Annoncé par Donald Trump comme la pièce centrale de son plan pour Gaza, le Conseil avait vocation à incarner une diplomatie de résultats, court-circuitant les enceintes onusiennes jugées trop lentes. Le président américain entendait en assurer la présidence et y associer plusieurs chefs d’État ainsi qu’un cercle restreint de personnalités proches de son administration. La promesse initiale tablait sur un calendrier resserré, avec des décisions à effet immédiat sur la sécurité, l’aide humanitaire et la gouvernance transitoire de l’enclave.

Sur le papier, l’architecture devait combiner une légitimité politique de haut niveau et une capacité d’exécution rapide grâce à des groupes de travail thématiques. Dans les faits, les annonces de nominations se font rares. Plusieurs partenaires européens et arabes, initialement sollicités, conditionnent désormais leur participation à des garanties politiques précises, notamment sur la place de l’Autorité palestinienne et sur l’horizon d’une solution à deux États. Cette exigence se heurte aux orientations de la diplomatie américaine, qui préfère maintenir une ambiguïté stratégique sur l’après-guerre.

Les capitales arabes en position d’attente

Riyad, Le Caire, Amman et Abou Dhabi suivent le dossier avec prudence. Les pays du Golfe, sollicités pour cofinancer la reconstruction de Gaza, refusent de signer un chèque en blanc tant que le mandat politique du Conseil reste flou. L’Égypte et la Jordanie, en première ligne sur les questions humanitaires et sécuritaires, redoutent par ailleurs qu’une structure pilotée depuis Washington ne contourne leurs propres leviers d’influence sur le terrain. Les diplomates arabes consultés ces dernières semaines insistent sur un préalable : un engagement clair en faveur d’une perspective étatique palestinienne, condition jugée non négociable pour mobiliser des fonds souverains.

Du côté israélien, le scepticisme est d’une autre nature. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou se méfie d’un mécanisme susceptible d’imposer un cadre extérieur à la gestion sécuritaire de l’enclave. Le Premier ministre israélien privilégie une coordination bilatérale avec Washington, où il dispose de relais politiques solides, plutôt qu’une instance collective où des voix dissonantes pourraient peser.

Une diplomatie personnelle aux rendements décroissants

Le Conseil illustre les limites d’une méthode reposant largement sur la verticalité présidentielle et les réseaux personnels. Les premiers mois ont donné lieu à des annonces spectaculaires, mais peu d’actes structurants ont suivi. La frontière entre les missions du Conseil, celles de l’envoyé spécial américain et celles des canaux diplomatiques traditionnels demeure floue. Plusieurs sources européennes décrivent une instance dont les réunions s’espacent et dont les comptes rendus circulent peu, signe d’une activité plus protocolaire qu’opérationnelle.

L’enjeu dépasse la simple architecture institutionnelle. Sans Conseil opérant, la reconstruction de Gaza, dont les besoins sont estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars par les agences spécialisées, reste suspendue à des arbitrages bilatéraux dispersés. Les bailleurs potentiels hésitent à débloquer des engagements fermes en l’absence d’un mécanisme crédible de gouvernance. Sur le terrain humanitaire, les ONG continuent de pointer un cadre de coordination défaillant, qui ralentit l’acheminement des aides et la planification des chantiers prioritaires.

Reste que l’administration américaine n’a pas officiellement renoncé. Des consultations se poursuivent en marge des rendez-vous diplomatiques internationaux, et certains responsables au Département d’État évoquent une relance possible au début de l’année prochaine, avec un format resserré et un mandat révisé. Mais le temps joue contre Washington : plus le Conseil tarde à produire des résultats tangibles, plus son utilité politique s’érode, au profit d’autres formats portés notamment par les Européens ou par la Ligue arabe. Selon PressAfrik, l’organe lancé par le président américain pour œuvrer à la pacification de Gaza se vide progressivement de sa substance.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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