Kempinski à Douala : ALS Group lance un complexe de 220 milliards

Cityscape featuring construction site with tower cranes and modern buildings under clear sky.Photo : Timothy Huliselan / Pexels

Le futur Kempinski Shekinah Palace de Douala matérialise l’ambition affichée depuis 2019 par All Luxury Suites Group (ALS Group), maison mère du projet dirigée par Rodolphe Simo Kam. La pose de la première pierre est calée au 25 septembre 2026 dans le quartier administratif de Bonanjo, à quelques encablures de la zone portuaire. Le promoteur chiffre la valeur globale de l’opération à 220 milliards de FCFA, avantages fiscaux et douaniers inclus, pour un coût à financer par les investisseurs de 207,62 milliards. L’ouverture commerciale est attendue autour de septembre 2029, au terme de 36 mois de travaux dont cinq consacrés à l’équipement.

Un montage financier à dominante bancaire

La structure de financement du complexe hôtelier de Douala repose pour près de moitié sur la dette. ALS Group prévoit une tranche senior de 92,30 milliards de FCFA, soit 44,5 % du coût total, assortie d’une maturité de treize ans. Le solde combine 60,29 milliards d’apports d’investisseurs, 43,03 milliards de fonds propres et de foncier apportés par le promoteur, et 12 milliards attendus de la commercialisation d’appartements.

La Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) a validé, le 23 décembre 2024, un concours de 30 milliards de FCFA au bénéfice d’ALS Group, couvrant 32,5 % de la dette senior programmée. Afreximbank et BGFI Bank sont également citées parmi les partenaires financiers, sans que la répartition des 62,30 milliards restants ni les décaissements effectifs ne soient précisés à ce stade. En clair, la sécurisation intégrale de l’enveloppe bancaire n’est pas encore documentée.

Côté emplois du capital, les dépenses d’investissement s’établissent à 161,38 milliards de FCFA, complétées par 22,96 milliards de foncier et 23,29 milliards de frais financiers. Le contrat de construction a été signé en novembre 2025 avec le chinois China Machinery Engineering Corporation (CMEC), dont le montant du marché n’a pas été divulgué.

Un programme mixte adossé à l’enseigne Kempinski

Sur près de deux hectares, le complexe déploiera 214 chambres et suites, 35 appartements hôteliers et environ 17 000 m² de bureaux. Le programme comprend également une salle polyvalente de 2 000 places, 2 000 m² de commerces, une galerie d’art de 500 m², cinq restaurants, cinq bars, deux piscines, un centre de remise en forme et 600 places de stationnement. Cette diversification fonctionnelle vise à capter simultanément la clientèle d’affaires du port de Douala, les délégations institutionnelles et les organisateurs d’événements régionaux.

Le choix de Kempinski Hotels comme opérateur remonte à août 2020. La marque allemande, fondée en 1897, revendiquait en septembre 2026 un parc de 73 établissements dans 33 pays et une vingtaine de projets en développement. Son implantation congolaise à Brazzaville, ouverte en décembre 2025 avec 197 clés, offre un précédent régional utile pour calibrer la promesse commerciale de Douala. ALS Group escompte notamment tirer parti du réseau de distribution international du groupe et de son savoir-faire sur le segment palace.

Une vingtaine de cabinets internationaux gravitent autour du projet, parmi lesquels WhiteBridge Hospitality, Rider Levett Bucknall, Simmons & Simmons, Arcadis et CallisonRTKL-Ansara. Les études de faisabilité ont été bouclées dès 2019, l’avant-projet définitif en avril 2022, le permis de bâtir obtenu en décembre 2022 et les études détaillées finalisées en septembre 2023.

Une concurrence qui se densifie à Douala

Le futur Kempinski n’arrivera pas en terrain vierge. La capitale économique camerounaise compte déjà le Krystal Palace à Akwa, le K Hotel à Bonanjo, le Star Land Hotel et l’Ibis Douala d’Accor. À cet écosystème s’ajoutera prochainement le Radisson Blu Douala, porté par Financia Properties et également financé par la BDEAC, qui reconvertira l’immeuble de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) de l’avenue Charles-de-Gaulle en établissement de 180 clés.

Face à cette concurrence, ALS Group joue la carte du complexe intégré plutôt que du seul hôtel. Le promoteur revendique environ 3 000 emplois durant la phase de construction et 4 000 emplois directs et indirects en exploitation, sans détailler la méthodologie retenue. Reste que plusieurs aménagements publics extérieurs — drainage, voirie, éclairage, liaison avec l’aéroport international — restent à la charge des administrations, sans calendrier ni engagement budgétaire formellement établi. Selon Investir au Cameroun, ces incertitudes constituent l’un des principaux angles morts du dossier soumis par le promoteur.

Pour aller plus loin

Thiès : Ousmane Diagne détaille l’enveloppe de 2,5 milliards de l’État · Fret maritime : la liaison Abidjan-Douala bondit de 95 % en 2025 · Port de Kribi : 395e sur 400 au classement CPPI 2025 de la Banque mondiale

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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