Liban : Washington propose une agence de reconstruction sous tutelle

Explore the stunning ancient Roman ruins in Lebanon, showcasing historical architecture.Photo : Boris Ulzibat / Pexels

La reconstruction du Liban entre dans une phase où Washington entend fixer les règles. Selon un document interne du Conseil de sécurité nationale (NSC) de la présidence Trump, révélé par le quotidien libanais Al Akhbar, la Maison-Blanche pousse la création d’une agence nationale libanaise dédiée à la reconstruction, mais placée sous un mécanisme de supervision internationale. L’échéance opérationnelle envisagée est de cinq ans, une fenêtre serrée au regard de l’ampleur des destructions causées par la dernière guerre entre Israël et le Hezbollah.

Une agence libanaise, mais sous tutelle internationale

Le schéma décrit dans le document du NSC repose sur un compromis apparent entre souveraineté formelle et contrôle effectif. L’entité chargée du chantier serait de droit libanais, adossée aux institutions de Beyrouth, mais son gouvernance intégrerait des représentants étrangers investis d’un droit de regard sur l’allocation des fonds, la passation des marchés et le calendrier d’exécution. Cette architecture rappelle des précédents observés dans d’autres zones post-conflit, où les bailleurs ont conditionné leur engagement à un pilotage partagé.

Le choix de cette formule n’est pas anodin. Il traduit la défiance persistante des capitales occidentales et de plusieurs monarchies du Golfe à l’égard de la classe dirigeante libanaise, jugée incapable, depuis 2019, de mettre en œuvre les réformes budgétaires et bancaires exigées par le Fonds monétaire international. En superposant un étage de supervision extérieure, Washington cherche à sécuriser les décaissements et à contourner les rouages politico-confessionnels traditionnels.

Cinq ans pour reconstruire un pays exsangue

L’horizon quinquennal fixé par le document est ambitieux. Les frappes israéliennes de 2023 et 2024 ont dévasté des pans entiers du Liban-Sud, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth, avec des besoins de réhabilitation qui dépassent, selon plusieurs évaluations préliminaires, la dizaine de milliards de dollars. À cela s’ajoute une économie déjà effondrée avant le conflit, une monnaie nationale pulvérisée et un système bancaire en défaut sur les dépôts.

Concrètement, tenir un tel calendrier suppose une mobilisation rapide de financements internationaux, une remise en marche des chaînes logistiques et une clarification préalable du cadre sécuritaire. Le texte américain semble lier implicitement le lancement des travaux au désarmement ou à l’encadrement des capacités militaires du Hezbollah, thème central des discussions menées ces derniers mois par l’émissaire américain à Beyrouth.

Un levier diplomatique dans un jeu régional recomposé

Le plan reflète l’ambition de l’administration Trump de reprendre l’initiative sur le dossier libanais après la trêve fragile négociée avec Israël. En verrouillant l’ingénierie de la reconstruction, Washington se dote d’un instrument d’influence de long terme sur les équilibres internes à Beyrouth, où l’Iran, la France et l’Arabie saoudite disposent également d’ancrages historiques. La supervision internationale évoquée pourrait, dans les faits, associer plusieurs de ces acteurs, à condition qu’ils acceptent le cadre proposé par la Maison-Blanche.

Reste la question du financement. Les pays du Golfe, longtemps premiers pourvoyeurs de fonds pour le Liban, conditionnent désormais toute contribution à des garanties politiques précises, notamment sur le rôle du Hezbollah dans l’appareil d’État. La formule d’une agence pilotée par un mécanisme international offre à Riyad et Abou Dhabi une porte d’entrée acceptable, en leur permettant de financer sans confier de chèque en blanc aux autorités libanaises.

Pour les autorités de Beyrouth, l’équation est délicate. Accepter un dispositif de tutelle, même habillé sous forme d’agence nationale, expose le gouvernement à des critiques sur l’atteinte à la souveraineté. Le refuser reviendrait à repousser sine die l’arrivée des financements dont dépend la survie économique du pays. Les prochaines semaines diront si le document du NSC constitue une proposition ferme ou un ballon d’essai destiné à cadrer la négociation. Selon Al Akhbar, le texte circule déjà dans les cercles diplomatiques concernés.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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