Salam à Nabatieh : le Liban lance la reconstruction du Sud

A breathtaking aerial view of Harissa, Lebanon, with cityscape and coast at sunset.Photo : Soly Moses / Pexels

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam s’est rendu à Nabatieh, principale ville du Sud-Liban dévastée par les frappes israéliennes, pour acter le démarrage effectif du processus de reconstruction. Devant les autorités locales et des représentants de la société civile, le chef du gouvernement a affirmé que Beyrouth ne saurait rester en attente d’un hypothétique arrangement régional pour engager la remise sur pied des régions sinistrées. La visite, hautement symbolique, se tient alors que les destructions provoquées par la dernière confrontation avec Israël restent massives dans le Sud, la Bekaa et la banlieue sud de la capitale.

Nabatieh, laboratoire de la reconstruction du Sud-Liban

Le choix de Nabatieh comme point de départ n’a rien d’anodin. La ville, qui a subi des bombardements d’une intensité inédite depuis la guerre de 2006, concentre à elle seule des quartiers entiers rasés, un marché historique largement détruit et des infrastructures publiques hors d’usage. En s’y déplaçant, Nawaf Salam a voulu signifier que l’État central reprenait la main sur un dossier longtemps resté dans l’orbite d’acteurs non étatiques et de bailleurs étrangers. Le Premier ministre a insisté sur l’inscription du chantier dans un cadre institutionnel, placé sous la responsabilité du Conseil des ministres et du Conseil du Sud.

Sur le terrain, l’ampleur des besoins reste considérable. Les premières estimations circulant à Beyrouth évoquent plusieurs milliards de dollars de dégâts cumulés, répartis entre habitat, réseaux électriques, routes, écoles et établissements de santé. Le gouvernement entend hiérarchiser les interventions, en traitant prioritairement les équipements publics essentiels, le relogement d’urgence et la réhabilitation des accès aux villages frontaliers. Reste la question du financement, nerf de la guerre dans un pays toujours plongé dans une crise économique et bancaire sans précédent depuis 2019.

Refuser l’attentisme face aux négociations régionales

Le message politique délivré depuis Nabatieh vise à couper court à l’idée, répandue dans certaines capitales, selon laquelle la reconstruction libanaise devrait attendre l’issue des tractations régionales en cours. Nawaf Salam a estimé que l’attentisme reviendrait à punir une seconde fois les populations déplacées et à hypothéquer la souveraineté de l’État. Le chef du gouvernement a plaidé pour une démarche libanaise autonome, articulée avec les partenaires internationaux disposés à contribuer sans conditionner leur aide à l’évolution du paysage sécuritaire régional.

Cette posture s’inscrit dans la ligne défendue par le cabinet Salam depuis sa formation : réaffirmer la primauté de l’État, remettre en marche les institutions et crédibiliser le Liban auprès des bailleurs. La Banque mondiale, l’Union européenne et plusieurs capitales du Golfe suivent de près la capacité du nouvel exécutif à transformer les intentions en calendrier opérationnel. L’arbitrage entre reconstruction publique et initiatives communautaires, portées notamment par le Hezbollah dans son fief du Sud, constitue l’un des points de friction les plus sensibles.

Un test politique pour l’exécutif Salam

Le déplacement à Nabatieh fonctionne également comme un marqueur politique interne. En se portant personnellement sur le terrain, Nawaf Salam entend démontrer que le gouvernement n’abandonne pas les régions chiites à leur sort, ni à la seule logique partisane. L’enjeu est double : rétablir un contrat de confiance avec les populations du Sud et de la Bekaa, tout en évitant que la reconstruction ne soit instrumentalisée par les forces politiques traditionnelles.

Dans son allocution, le Premier ministre a par ailleurs lié le chantier matériel à un chantier institutionnel plus large, incluant la relance économique, la réforme de l’administration et le respect des engagements pris devant la communauté internationale. Concrètement, la mise en place d’un mécanisme de gouvernance transparent pour canaliser les fonds extérieurs sera scrutée avec attention, à l’heure où les diasporas libanaises et les capitales occidentales exigent des garde-fous solides contre la captation politique des aides.

Le pari engagé à Nabatieh est à la fois économique, diplomatique et symbolique. Il engage la crédibilité d’un exécutif qui, à peine installé, doit prouver sa capacité à agir sans se laisser dicter son tempo par les équilibres régionaux. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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