Est de la RDC : l’ONU accuse l’AFC/M23 de cibler les civils

A group of villagers gathers water near Kalemie, DR Congo, showcasing daily rural life.Photo : Alain Nkingi / Pexels

Les opérations militaires menées par l’Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars (AFC/M23) contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) viseraient de manière systématique les populations civiles dans l’est de la République démocratique du Congo. Tel est le constat posé par un nouveau rapport onusien, qui documente une série d’exactions commises dans les zones disputées du Nord et du Sud-Kivu. Le texte fragilise le discours de la coalition rebelle, qui justifie sa présence militaire par la lutte contre les combattants hutus rwandais présents sur le sol congolais depuis le génocide de 1994.

Un ciblage documenté des populations dans les Kivus

Les enquêteurs des Nations unies décrivent un mode opératoire récurrent. Loin de se limiter à des affrontements directs avec les FDLR, les offensives de l’AFC/M23 s’accompagneraient de représailles contre les villages soupçonnés d’héberger ou de soutenir le groupe armé rwandais. Exécutions sommaires, déplacements forcés et destructions d’habitations figurent parmi les violations relevées. Ces agissements s’inscrivent dans une dynamique d’occupation territoriale qui a profondément modifié la carte sécuritaire de l’est congolais depuis la reprise des hostilités en 2022.

Le rapport souligne la difficulté à distinguer, sur le terrain, les cibles combattantes des populations hutues congolaises assimilées, parfois à tort, aux FDLR. Cette confusion alimente un cycle de violence communautaire que les acteurs humanitaires peinent à endiguer. Les agences onusiennes présentes à Goma et Bukavu font état d’un afflux continu de déplacés, dans un contexte où l’accès humanitaire reste entravé par les combats et les restrictions imposées par les parties.

Le processus de désarmement de Kinshasa en question

Face à cette situation, les autorités congolaises défendent un processus politique de désarmement volontaire des FDLR, présenté comme la réponse de fond à la présence du groupe armé rwandais sur son territoire. Kinshasa fait valoir que des combattants ont déjà été cantonnés et que des mécanismes de rapatriement sont à l’étude, en coordination avec la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) et plusieurs partenaires régionaux.

Ce schéma est frontalement contesté par Kigali, qui considère les FDLR comme une menace existentielle et reproche au gouvernement congolais une collusion de fait avec le groupe. Le Rwanda s’appuie sur cette lecture pour justifier son soutien, documenté par plusieurs rapports d’experts onusiens antérieurs, aux opérations de l’AFC/M23. Le dernier rapport ne modifie pas fondamentalement cette équation, mais il déplace le curseur du débat vers la question du coût humain supporté par les civils congolais.

Un impact régional qui dépasse les Kivus

Les conclusions de l’ONU interviennent à un moment charnière pour la diplomatie régionale. Les processus de Luanda, portés par l’Angola, et de Nairobi, parrainés par la Communauté d’Afrique de l’Est, cherchent à articuler cessez-le-feu, retrait des forces étrangères et neutralisation des groupes armés. Les accusations portées contre l’AFC/M23 compliquent toute perspective d’intégration politique du mouvement, un scénario pourtant évoqué dans certaines pistes de médiation.

Pour les partenaires économiques de la RDC, en particulier dans les filières minières stratégiques du coltan, du cobalt et de l’étain, la persistance de l’insécurité dans les Kivus pose un défi majeur. Les mécanismes de traçabilité promus par l’Union européenne et les grandes industries technologiques se heurtent à la réalité d’une économie de guerre où les circuits d’approvisionnement restent captés par les groupes armés. La documentation précise des exactions par l’ONU pourrait renforcer la pression sur les acheteurs internationaux et sur les États voisins impliqués dans les flux transfrontaliers.

Reste la question des suites judiciaires. Les précédents rapports de panels d’experts ont rarement débouché sur des poursuites, en dépit de la saisine régulière de la Cour pénale internationale sur la situation congolaise. Les organisations de défense des droits humains plaident pour que les éléments rassemblés nourrissent des procédures concrètes, à Kinshasa comme à La Haye. Selon PressAfrik, le document onusien devrait être examiné dans les prochaines semaines par les instances compétentes du Conseil de sécurité.

Pour aller plus loin

Crise anglophone : 707 supports séparatistes saisis à Ekok · Israël et Émirats vers un appui à l’Éthiopie face à l’Érythrée · Mali : Amnesty documente des exactions de l’armée et de Wagner

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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