La CDC accuse 20 milliards de FCFA de perte nette en 2025

A vibrant banana cluster on a plantation in Kiambu County, Kenya, exuding a tropical essence.Photo : Collines Omondi / Pexels

La Cameroon Development Corporation (CDC), premier producteur agro-industriel public du Cameroun, boucle l’exercice 2025 avec une perte nette de 20,04 milliards de FCFA. Dans le même temps, les charges de personnel de la CDC atteignent 24,81 milliards, un niveau presque identique au chiffre d’affaires de 24,93 milliards. L’entreprise porte par ailleurs à son bilan 44,04 milliards de FCFA de dettes fiscales et sociales, selon les données publiées dans son rapport annuel.

La progression des ventes, en hausse de 8 % par rapport aux 23,10 milliards enregistrés en 2024, n’a pas permis d’inverser la dégradation opérationnelle. La valeur ajoutée recule au contraire de 23,4 %, à 10,38 milliards de FCFA. Les charges de personnel progressent quant à elles de 20 %, creusant un écart désormais insoutenable entre les ressources produites et les sommes versées aux employés.

Une masse salariale qui absorbe la quasi-totalité des ventes

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les charges de personnel représentent 99,5 % du chiffre d’affaires de l’agro-industriel camerounais en 2025, contre 89,5 % un an plus tôt. Elles excèdent la valeur ajoutée produite de 14,43 milliards de FCFA. Mécaniquement, le solde brut d’exploitation plonge de -7,12 à -14,43 milliards, tandis que la perte d’exploitation s’aggrave de 54,8 % pour atteindre 19,48 milliards.

Paradoxalement, les effectifs reculent. La CDC comptait 11 437 travailleurs au 31 décembre 2025, contre 11 761 un an plus tôt, soit 324 postes de moins. Ces données portent toutefois sur les effectifs en fin d’exercice et non sur la moyenne annuelle rémunérée, ce qui empêche de reconstituer précisément l’évolution du coût moyen par salarié. Reste que la trajectoire est claire : la deuxième entreprise employeur du pays peine à aligner sa structure de coûts sur sa capacité productive.

Le basculement comptable est brutal. L’exercice 2024 s’était soldé par un bénéfice de 45,42 milliards de FCFA, mais ce résultat reposait sur 59,90 milliards de produits hors activités ordinaires, non reconduits en 2025. Hors éléments exceptionnels, les activités ordinaires étaient déjà déficitaires de 12,87 milliards l’an passé ; la perte atteint désormais 19,81 milliards.

Un passif fiscal et social qui pèse sur la trésorerie

Au 31 décembre 2025, les dettes fiscales et sociales du groupe public s’élèvent à 44,04 milliards de FCFA, en recul de 6,8 % sur un an, après 47,24 milliards fin 2024. Elles pèsent toutefois 58,8 % des 74,88 milliards de passifs à court terme. Les dettes fournisseurs progressent parallèlement de 15,65 à 18,36 milliards, signe d’une tension généralisée sur le cycle de paiements.

Ce stock de 44 milliards correspond à un cumul inscrit au bilan et non à une charge générée au seul titre de 2025. La composition précise, qui mêlerait impôts courants, cotisations sociales et arriérés d’exercices antérieurs, est renvoyée à une note annexe du rapport. L’entreprise elle-même évoque dans ses commentaires un huge working capital gap, soit un important déficit de fonds de roulement à l’origine d’arriérés de salaires et de négociations en cours pour obtenir de nouvelles facilités de découvert bancaire.

Les flux de trésorerie confirment l’étranglement. Les activités opérationnelles ont consommé 16,03 milliards de FCFA en 2025, après en avoir généré 16,73 milliards en 2024. L’injection de 14,02 milliards de nouveaux apports au capital n’a pas suffi à enrayer l’érosion : la trésorerie nette de clôture chute de 10,49 à 3,06 milliards. Le capital social, porté de 53,50 à 67,52 milliards de FCFA, cohabite désormais avec des capitaux propres ramenés à 3,20 milliards et un report à nouveau négatif de 55,70 milliards.

Des causes profondes au-delà de la gestion

La direction du groupe pointe plusieurs facteurs exogènes et industriels. Le vieillissement des plantations, le retard de replantation, les carences en engrais, l’obsolescence du matériel roulant et les difficultés d’accès à certaines exploitations figurent parmi les contraintes citées. Les perturbations liées à la crise sociopolitique dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, cœur historique des activités bananières et hévéicoles de l’opérateur, continuent par ailleurs d’affecter la production et la chaîne d’approvisionnement.

La question d’un plan de restructuration devient dès lors inévitable pour Yaoundé, actionnaire de référence d’un fleuron dont la viabilité conditionne autant la paix sociale régionale que la balance agricole nationale. Selon Investir au Cameroun.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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