L’audience accordée le 8 octobre 2026 par le Premier ministre ivoirien Robert Beugré Mambé à la direction d’Aurum Resources Limited a confirmé le calendrier d’un des plus importants projets aurifères engagés dans le nord du pays. Le groupe australien, actif également en Australie-Occidentale, prévoit d’injecter plus de 200 milliards de FCFA pour exploiter quatre gisements à ciel ouvert répartis entre les départements de Boundiali et de Kouto. La production devrait démarrer au premier semestre 2028, pour une durée de vie initiale estimée à onze ans.
Une ressource de 115 tonnes qui reste à qualifier
Le chiffre de 115 tonnes d’or avancé par Aurum Resources constitue l’élément central du dossier présenté à la Primature. Il reste toutefois à préciser à quelle catégorie du code international de reporting minier ce volume se rattache : ressources inférées, indiquées, mesurées, ou réserves prouvées et probables. La distinction est cruciale, car seule une fraction d’une ressource globale est généralement convertible en réserve exploitable, et cette conversion dépend d’une étude de faisabilité bancable encore attendue.
L’ambition affichée par le président-directeur général du groupe, Caigen Wang, de porter la production à 30 tonnes par an sur les trois prochaines années, interroge également. Rapportée aux grandes mines ouest-africaines, cette cadence placerait Boundiali parmi les tout premiers producteurs du continent. À titre de comparaison, les mines les plus importantes du Mali ou du Burkina Faso produisent rarement plus de 15 à 20 tonnes annuelles chacune. Un arbitrage technique sera donc nécessaire entre l’objectif commercial du groupe et la capacité réelle de traitement des quatre fosses programmées à Boundiali.
« Cette rencontre revêt une importance capitale pour l’orientation stratégique des activités minières dans cette zone. Ce projet représente un succès considérable. »
Ces propos, tenus par Caigen Wang à l’issue de l’audience et recueillis par Abidjan.net, résument la posture d’un investisseur qui a pris pied en Côte d’Ivoire par croissance externe. En février 2025, Aurum Resources a en effet acquis l’intégralité du capital de Mako Gold Limited, dont la filiale locale Mako Côte d’Ivoire SARLU portait les permis du projet. L’opération a offert au groupe australien un accès direct au bassin aurifère de Boundiali sans phase d’exploration longue.
Un pari industriel adossé à l’ambition ivoirienne pour 2035
Pour l’État ivoirien, le projet s’inscrit dans une trajectoire plus large portée par le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, dirigé par Mamadou Sangafowa-Coulibaly. Abidjan vise le rang de premier producteur d’or du continent à l’horizon 2035, un objectif qui suppose de multiplier par plusieurs facteurs la production actuelle, estimée autour de 50 tonnes par an. Le pays, encore devancé par le Ghana, le Mali, le Burkina Faso et le Soudan, mise sur la mise en service échelonnée d’un portefeuille de nouveaux projets.
Parmi eux figurent la mine de Koné, développée par Montage Gold, le projet Assafou-Dibibango d’Endeavour Mining et le gisement de Doropo porté par Resolute Mining. L’addition de ces capacités, et désormais de celle d’Aurum, pourrait permettre à la Côte d’Ivoire de rivaliser avec les producteurs sahéliens, dont la production souffre depuis 2023 des turbulences sécuritaires et des renégociations de contrats imposées par les régimes de transition. Dans ce contexte, la stabilité institutionnelle d’Abidjan et la révision récente du code minier constituent un argument comparatif de poids pour les capitaux étrangers.
Retombées locales : 865 milliards de FCFA et 4 000 emplois à documenter
Les projections avancées par Aurum font état de 865 milliards de FCFA de recettes attendues pour l’État sur la durée de vie de la mine et de plus de 4 000 emplois créés. Une enveloppe de 18 milliards de FCFA sera par ailleurs allouée au Comité de développement local minier (CDLM), structure chargée de financer les infrastructures de proximité dans les zones d’implantation.
Reste que l’exécution concrète de ces engagements dépendra d’arbitrages encore ouverts : part de contenu local dans les 4 000 postes annoncés, intégration de sous-traitants ivoiriens, gestion de la ressource en eau dans une zone soudanienne sous tension climatique, et encadrement de la cyanuration propre aux traitements à ciel ouvert. Autant de paramètres qui détermineront si le projet de Boundiali devient un modèle de mine responsable ou s’ajoute aux dossiers conflictuels que connaît la sous-région.
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