Dakar apporte son soutien à Riyad après l’attaque de son aéroport

Beautiful view of Riyadh Water Tower silhouetted against a stunning sunset sky.Photo : Alamin Prodhania / Pexels

Le Sénégal a réagi officiellement à l’attaque qui a visé l’aéroport international King Khaled de la capitale saoudienne, en apportant son appui au royaume. La condamnation émane du ministère sénégalais chargé des Affaires étrangères, qui dit sa solidarité avec Riyad et ses autorités. Cette prise de parole, de facture classique, s’inscrit dans un registre bien connu de la chancellerie sénégalaise, mais elle n’est pas neutre dans le contexte régional actuel.

Un geste diplomatique calibré pour Riyad

En choisissant de réagir rapidement à un incident sécuritaire sur le sol saoudien, Dakar envoie un signal politique à son partenaire du Golfe. Les sites aéroportuaires du royaume figurent, depuis le début de l’engagement de la coalition arabe au Yémen en 2015, parmi les cibles régulières de tirs de drones et de missiles revendiqués par le mouvement houthiste. Les aéroports civils d’Abha, de Jizan et plus récemment des installations de l’est du pays ont été frappés à plusieurs reprises, forçant les autorités saoudiennes à renforcer leurs dispositifs anti-aériens, notamment via les batteries Patriot déployées autour des principales infrastructures.

La condamnation sénégalaise s’aligne sur la position traditionnelle de Dakar, qui n’a jamais pris ses distances avec Riyad depuis l’adhésion du pays à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite en 2015, sous la présidence de Macky Sall. À l’époque, le Sénégal avait annoncé l’envoi d’un contingent militaire pour contribuer à la défense des Lieux saints, décision qui avait suscité un débat intérieur mais confirmé l’orientation pro-saoudienne de la diplomatie sénégalaise. Près de dix ans plus tard, la logique est maintenue.

Une boussole diplomatique entre Golfe et Occident

Le positionnement de Dakar s’inscrit dans un équilibre régional plus large. Le Sénégal est l’un des rares pays d’Afrique de l’Ouest à cultiver simultanément des liens étroits avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, la France et les États-Unis. Cette diplomatie de l’équilibre, souvent qualifiée de « multi-alignée » par les analystes, lui permet de capter des financements variés, qu’il s’agisse de projets d’infrastructures soutenus par le Fonds saoudien de développement, de prises de participation émiraties dans les ports, ou de prêts concessionnels occidentaux.

Le royaume saoudien pèse, concrètement, dans l’économie sénégalaise. Il figure parmi les bailleurs bilatéraux récurrents de projets routiers et hydrauliques, et abrite une diaspora sénégalaise estimée à plusieurs dizaines de milliers de personnes, essentiellement concentrée autour des villes saintes et du secteur des services. Chaque année, plusieurs milliers de pèlerins sénégalais se rendent à La Mecque dans le cadre du hajj, opération logistique sensible qui requiert une coopération étroite entre les deux administrations.

Un signal envoyé au-delà de Riyad

Au-delà du strict registre bilatéral, la condamnation sénégalaise s’adresse aussi à la communauté des États membres de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), dont Dakar a assuré la présidence et qui demeure un cadre d’influence essentiel pour la diplomatie sénégalaise. En soutenant Riyad face à une attaque menée contre une infrastructure civile, le Sénégal consolide son image d’État responsable au sein du bloc islamique, tout en évitant soigneusement de politiser la question yéménite elle-même, dossier sur lequel les positions africaines restent prudentes.

Cette prudence contraste avec la posture d’autres capitales africaines, parfois plus discrètes face aux incidents visant les sites saoudiens. L’Afrique du Sud, par exemple, s’est historiquement montrée plus réservée à l’égard des opérations militaires de la coalition. Dakar, au contraire, assume une proximité qui a des traductions concrètes dans le domaine militaire, religieux et économique. Reste à mesurer dans quelle mesure la nouvelle équipe aux affaires, installée au palais de la République depuis 2024, entend prolonger cet héritage ou en infléchir certains contours, à mesure que la carte des partenariats africains du Golfe se recompose, portée par la concurrence croissante entre Riyad, Abou Dhabi et Doha pour l’influence sur le continent.

Pour aller plus loin

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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