La fiscalité pétrolière gabonaise s’apprête à intégrer une nouvelle ligne. Lors du Conseil des ministres du 8 octobre 2026, l’exécutif a pris acte du projet de création d’une taxe environnementale frappant le torchage du gaz naturel sur l’ensemble des opérations d’hydrocarbures menées sur le territoire. Le dispositif, porté par le ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, également chargé de la Lutte contre la vie chère, couvrira les phases d’exploration, de développement, de production et de traitement. Barème et date d’entrée en vigueur seront fixés par des textes d’application à venir.
Une mesure qui vise directement les opérateurs pétroliers au Gabon
Derrière l’intitulé environnemental, la mesure cible une pratique ancienne et persistante dans l’industrie pétrolière gabonaise. Faute d’infrastructures de collecte, une partie du gaz associé extrait avec le pétrole brut est brûlée à la torche sur les plateformes et les sites de production. Le Gabon figure, selon les relevés satellitaires annuels publiés par la Banque mondiale, parmi les producteurs africains où l’intensité du torchage par baril reste supérieure à la moyenne mondiale, loin derrière le Nigeria en volume mais devant plusieurs voisins du golfe de Guinée en proportion.
Les premiers concernés seront les opérateurs qui exploitent les champs matures du bassin côtier, dont la production décline et dont les volumes de gaz associé sont rarement rentables à monétiser isolément. L’anglo-français Perenco, premier producteur du pays depuis le rachat progressif des actifs cédés par Shell et Total, ainsi que Assala Energy, Maurel & Prom et Vaalco Energy, figurent parmi les acteurs directement exposés à l’assiette prévue. Pour ces indépendants, la fiscalité carbone s’ajoutera à une pression déjà sensible sur les coûts d’exploitation offshore.
Un rattrapage sur l’initiative Zero Routine Flaring 2030
Le texte s’inscrit, selon le communiqué du Conseil des ministres du 8 octobre, dans la continuité des engagements internationaux du pays en matière environnementale. Libreville a adhéré à l’initiative Zero Routine Flaring by 2030 lancée en 2015 par la Banque mondiale, qui demande aux États pétroliers signataires d’éliminer le torchage de routine à horizon fin de décennie. L’échéance approche sans que les volumes brûlés aient significativement reculé à l’échelle du continent : la Banque mondiale estimait encore à près de 140 milliards de mètres cubes le volume mondial torché en 2023, dont près d’un quart en Afrique.
Le Gabon n’est pas pionnier. Le Nigeria applique depuis les années 1980 un régime de pénalités au gaz torché, régulièrement relevé, et a institué en 2016 le Nigerian Gas Flare Commercialisation Programme pour attribuer à des tiers la valorisation du gaz associé. Le Congo-Brazzaville et l’Angola ont, de leur côté, inscrit dans leurs codes des hydrocarbures des plafonds et redevances spécifiques. Libreville s’aligne donc sur un standard régional déjà éprouvé, en choisissant la voie fiscale plutôt que la contrainte réglementaire pure.
Quel rendement budgétaire, quels effets industriels ?
Le rendement attendu de la future taxe dépendra entièrement du barème retenu, que l’exécutif n’a pas encore arbitré. Les expériences nigériane et congolaise suggèrent deux logiques possibles : une tarification au mètre cube brûlé, dont le niveau détermine l’incitation réelle à investir dans des unités de récupération ; ou une indexation sur le prix du carbone, plus favorable à une lecture climatique mais plus volatile. Un barème trop faible transformerait la mesure en simple redevance supplémentaire, sans effet sur les volumes torchés ; un barème trop élevé pourrait accélérer l’abandon de champs marginaux déjà en bout de cycle.
L’enjeu dépasse la seule recette fiscale. En poussant les producteurs à capter leur gaz associé, le Gabon pourrait sécuriser l’approvisionnement de son parc électrique thermique, encore partiellement dépendant du gazole, et alimenter des projets de gaz naturel liquéfié de petite échelle dont plusieurs études de faisabilité circulent depuis le début de la décennie. La monétisation du gaz associé constitue également un levier pour la pétrochimie et pour les usages industriels de la zone économique spéciale de Nkok, dont l’approvisionnement énergétique reste un point de fragilité. L’articulation entre la nouvelle taxe, le code des hydrocarbures en vigueur et la prochaine loi de finances dira si la mesure devient un outil de politique industrielle ou se limite à une ligne budgétaire supplémentaire.
Pour aller plus loin
Mines, pétrole, gaz : les immenses richesses naturelles de l’Afrique au cœur des enjeux mondiaux · Nachtigal : le deuxième corridor électrique reporté à novembre 2026 · Mauritanie : le rapport Ousmane Kane dissèque la crise électrique

Be the first to comment on "Gabon : une taxe environnementale ciblera le torchage du gaz pétrolier"