La RDC projette 16,5 milliards de dollars pour son plan logement 2035

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

Le plan logement de la République démocratique du Congo, chiffré à 16,5 milliards de dollars et visant 500 000 ménages à l’horizon 2035, place Kinshasa face à un défi rarement assumé à cette échelle sur le continent. Ramenée à neuf années d’exécution, l’enveloppe représente près de 1,8 milliard de dollars par an, soit l’équivalent d’une fraction significative du budget national congolais, estimé autour de 16 milliards de dollars pour l’exercice 2024. Autrement dit, le programme suppose de mobiliser chaque année l’équivalent de plus de 10 % des recettes publiques pour un seul secteur, ce qui exclut d’emblée un financement uniquement budgétaire.

Un besoin de logements dix fois supérieur à la cible annoncée

La RDC compte, selon les ordres de grandeur habituellement retenus par les agences onusiennes, un déficit de logements qui dépasse largement les quatre millions d’unités, pour une population estimée à plus de 100 millions d’habitants. Kinshasa, qui concentre près de 17 millions de résidents selon les projections démographiques les plus récentes, absorbe à elle seule une part majeure de ce manque. La capitale croît à un rythme supérieur à 4 % par an, ce qui ajoute mécaniquement plusieurs centaines de milliers d’habitants chaque année dans des quartiers périphériques souvent dépourvus de voirie, d’eau courante et d’assainissement.

Dans ce contexte, l’objectif de 500 000 ménages logés à l’horizon 2035 couvrirait, dans le meilleur des cas, un peu plus de 10 % du déficit actuel, sans compter la demande nouvelle liée à la croissance démographique. Le plan congolais relève donc davantage d’une amorce structurante que d’un rattrapage. Son succès dépendra de la capacité à démontrer un modèle réplicable, susceptible d’attirer promoteurs privés et bailleurs multilatéraux au-delà de la première vague.

Financement : la question des bailleurs et du partenariat public-privé

Aucune enveloppe de cette ampleur ne tient sans un montage mixte associant budget de l’État, prêts concessionnels des bailleurs multilatéraux et capitaux privés. La Banque mondiale, la Banque africaine de développement et la Banque islamique de développement figurent parmi les partenaires habituels de la RDC sur les sujets d’infrastructures urbaines. L’État congolais, placé depuis 2021 sous programme avec le Fonds monétaire international, dispose cependant d’un espace budgétaire étroit, borné par la soutenabilité de la dette et par la volatilité des recettes minières, principal moteur fiscal du pays.

Le recours au partenariat public-privé apparaît dès lors incontournable. Les expériences récentes dans la sous-région offrent des points de comparaison contrastés. L’Angola a lancé en 2008 le programme Kilamba, prévoyant initialement 200 000 logements autour de Luanda ; moins du quart a été livré à ce jour, et les prix de sortie ont longtemps exclu les ménages visés. Le Caire, avec le projet de nouvelle capitale administrative lancé en 2015, montre à l’inverse qu’une volonté politique soutenue peut produire plusieurs dizaines de milliers de logements en quelques années, au prix d’un endettement extérieur massif. La RDC devra composer avec ces deux écueils : sous-exécution et surendettement.

Capacité d’exécution et transformation urbaine de Kinshasa

Au-delà du financement, la mise en œuvre bute sur un goulet d’étranglement institutionnel. Le pays compte peu d’opérateurs publics d’aménagement capables de piloter des programmes de cette taille, et l’industrie locale du bâtiment reste dominée par des entreprises de dimension modeste, souvent dépendantes des importations de ciment et d’acier. Les cimentiers installés dans le Kongo-Central disposent d’une capacité de production inférieure à cinq millions de tonnes par an, insuffisante si plusieurs grands chantiers démarrent simultanément à Kinshasa, Lubumbashi et Mbuji-Mayi.

La transformation urbaine évoquée dans le plan congolais ne pourra par ailleurs se limiter à l’édification de blocs résidentiels. Elle suppose des investissements parallèles dans la mobilité, les réseaux d’eau et d’électricité, et la régularisation foncière, chantier historiquement sensible dans les grandes villes du pays. Reste à savoir si l’exécutif congolais assortira l’annonce d’un cadre législatif rénové, d’un calendrier public de jalons intermédiaires et d’un dispositif de reporting lisible pour les bailleurs. C’est à ces conditions que la cible de 2035 cessera d’apparaître comme un horizon rhétorique pour devenir une trajectoire d’exécution crédible.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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