Port de Ndayane : DP World face aux dégâts côtiers constatés

Drone view of river embankment with various bright cargo containers near steel lifting cranes under cloudless skyPhoto : K / Pexels

Le port en eau profonde de Ndayane, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Dakar, se déploie sur plus de 1 200 hectares et constitue l’un des projets structurants du Plan Sénégal émergent. Concédé à l’opérateur émirati DP World, il repose déjà sur une digue de protection d’environ 565 mètres, future plateforme du terminal à conteneurs. Mais les constats de terrain, convergents depuis plusieurs mois, décrivent une plage de sable évanouie au droit de la digue, remplacée par des galets et des blocs rocheux. Pour les habitants de Ndayane, Yenne, Toubab Dialaw et Popenguine, l’ouvrage portuaire se traduit par une transformation irréversible du rivage.

Ndayane : un chantier aux effets littoraux déjà mesurables

Les documents techniques évoqués autour du projet font état de plus de 300 hectares gagnés sur la mer, par dragage et remblai. Cette ingénierie, qualifiée de simple « travaux de dragage » et de « terrassement » par les ingénieurs, modifie en profondeur la dynamique sédimentaire : courants réorientés, turbidité accrue, sable aspiré pour alimenter les remblais. Les promoteurs justifient certains ouvrages par la volonté de « protéger la zone de l’érosion côtière », argument qui résonne étrangement alors que la plage voisine, elle, a bel et bien disparu.

Des collectifs de riverains et des écologistes alertaient dès 2019-2020 sur les risques pour le trait de côte, pour l’agriculture de l’arrière-pays et pour les pêcheurs. Cinq ans plus tard, les herbiers marins identifiés comme zones sensibles dans l’étude d’impact environnemental et social se trouvent exposés à une pression continue. La Petite Côte, qui concentre une partie significative du tourisme balnéaire sénégalais, voit ses hôtels et campements fragilisés par la recomposition du rivage.

DP World, un concessionnaire habitué aux grands ports africains

Pour DP World, Ndayane s’inscrit dans une stratégie africaine ambitieuse. L’opérateur, détenu par Dubaï, exploite déjà le port de Doraleh à Djibouti, celui de Berbera au Somaliland, de Dakar historiquement, et plusieurs terminaux à Luanda, Maputo ou Dakhla. Son modèle repose sur des concessions longues, souvent assorties de clauses de confidentialité, ce qui limite la lisibilité publique des engagements environnementaux et sociaux. Le contentieux ouvert avec Djibouti autour de Doraleh, qui a donné lieu à plusieurs décisions arbitrales entre 2018 et 2020, a rappelé la densité juridique de ces contrats.

À Ndayane, plusieurs questions restent sans réponse publique. Quel est le volume exact de sable dragué, et depuis quels bancs sous-marins ? Quelles mesures compensatoires formelles ont été actées : rechargement de plages, replantation de mangroves, indemnisation des pêcheurs ? Quelle est la position officielle du ministère sénégalais de l’Environnement sur l’effacement constaté de la plage ? Sur chacun de ces points, le silence contraste avec l’ampleur de l’ouvrage.

Petite Côte : un précédent régional qui pèse sur la gouvernance

Le cas de Ndayane s’ajoute à celui du port minéralier et vraquier de Bargny-Sendou, implanté sur la même façade et dont la mise en service, préparée depuis le milieu des années 2010, a déjà suscité des mobilisations communautaires sur la question foncière et environnementale. L’accumulation de deux infrastructures lourdes sur un segment littoral court concentre les risques cumulés, sans qu’une évaluation environnementale stratégique à l’échelle de la Petite Côte ait été rendue publique.

Les pêcheurs artisanaux de Ndayane dépendent d’une ressource déjà sous tension. Selon les données publiées par la FAO, la pêche artisanale fournit l’essentiel des quelque 400 000 tonnes débarquées chaque année au Sénégal et fait vivre plusieurs centaines de milliers de personnes directement ou indirectement. Toute perturbation durable des herbiers côtiers et des zones de nourricerie se répercute sur une filière socialement sensible, dans un pays où la pêche pèse autour de 3 % du produit intérieur brut.

Reste la question du cadre juridique. Le droit sénégalais, codifié notamment par la loi 2001-01 portant Code de l’environnement, impose une étude d’impact environnemental et social et des mesures d’évitement, de réduction et de compensation. La valeur contraignante de ces obligations se jugera à Ndayane à l’aune de ce qui sera effectivement mis en œuvre pour les communautés riveraines : relogement, reconversion, indemnisation, restauration écologique. Le dossier devient, concrètement, un test de la capacité de l’État sénégalais à faire respecter ses propres règles face à un concessionnaire étranger de premier plan.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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