Goïta et Sassou Nguesso ouvrent un dialogue Sahel-Afrique centrale à Moscou

Ceremonial guards march outside the Kremlin walls in Moscow on a bright day.Photo : Serg Alesenko / Pexels

La rencontre entre Assimi Goïta et Denis Sassou Nguesso, tenue le 27 octobre 2026 à Moscou, s’inscrit dans un calendrier diplomatique chargé pour le président de la Transition malienne. Venu participer au troisième sommet Russie-Afrique, dont les travaux se sont ouverts le lendemain, le général d’armée a profité du cadre multilatéral pour multiplier les tête-à-tête. Celui mené avec le président congolais, l’un des plus anciens chefs d’État africains en exercice, revêt une portée politique particulière à l’heure où l’Alliance des États du Sahel (AES) cherche à élargir le cercle de ses interlocuteurs continentaux.

Un pont inédit entre l’AES et l’Afrique centrale francophone

Depuis la constitution de l’AES par le Mali, le Burkina Faso et le Niger en septembre 2023, puis le retrait annoncé des trois États de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2024, Bamako a progressivement réorganisé sa carte diplomatique. Les capitales ouest-africaines proches de Paris ont pris leurs distances, tandis que Moscou, Ankara et quelques partenaires asiatiques sont devenus des interlocuteurs privilégiés. L’Afrique centrale, elle, est restée relativement en retrait de ce repositionnement. L’entretien avec Denis Sassou Nguesso, dont le pays entretient des relations anciennes avec la Russie remontant à la période soviétique, ouvre une passerelle vers une sous-région jusque-là peu associée aux débats sécuritaires sahéliens.

Brazzaville n’est pas un acteur neutre dans ce dialogue. Le Congo a longtemps joué un rôle de médiateur discret sur les crises centrafricaines et dans la région des Grands Lacs, et dispose à l’Union africaine d’une voix écoutée sur les questions de paix et de sécurité. Pour Assimi Goïta, dont le gouvernement a quitté la Force conjointe du G5 Sahel dès mai 2022, s’adresser à un vétéran de la diplomatie continentale offre un canal supplémentaire pour défendre la lecture sahélienne du terrorisme transfrontalier.

La doctrine souveraine du Mali réaffirmée face à Brazzaville

Le compte rendu officiel diffusé par le gouvernement malien met en avant trois exigences réitérées par le chef de la Transition : le respect de la souveraineté de l’État, celui des choix du peuple malien et la défense de ses intérêts. Ce triptyque, martelé depuis 2021 face aux partenaires européens comme à certains voisins ouest-africains, est présenté par Bamako comme la grille de lecture obligatoire de toute coopération. Le fait de le rappeler à un chef d’État africain, et non à un partenaire extra-continental, signale la volonté des autorités maliennes de verrouiller également le dialogue sud-sud sur ces bases.

Les deux dirigeants ont par ailleurs convergé sur une idée centrale, selon le compte rendu publié par les autorités maliennes : « Ils ont partagé la conviction que la sécurité en Afrique reste tributaire de l’union des Africains et non de l’isolement. » La formule, qui tranche avec la rhétorique de rupture parfois attribuée à l’AES, suggère un effort de Bamako pour réinscrire sa trajectoire dans un récit panafricain plus large. Elle fait écho aux positions traditionnelles de Denis Sassou Nguesso, qui plaide de longue date pour des solutions africaines aux crises africaines au sein de l’Union africaine.

Moscou, catalyseur d’une diplomatie Sud-Sud

Le choix de la capitale russe comme théâtre de cette rencontre n’est pas anodin. Le premier sommet Russie-Afrique s’était tenu à Sotchi en octobre 2019, le deuxième à Saint-Pétersbourg en juillet 2023 ; la troisième édition confirme la volonté du Kremlin de maintenir une offre diplomatique structurée en direction du continent malgré la guerre en Ukraine. Pour les régimes de transition sahéliens, dont les relations avec plusieurs partenaires occidentaux se sont fortement dégradées depuis 2022, ces sommets servent aussi d’arènes de contact avec des pairs africains dans un cadre perçu comme politiquement sûr.

Reste à mesurer la traduction concrète de cet entretien. Aucun accord bilatéral n’a été annoncé à l’issue de la rencontre, et Brazzaville n’a pas publié de communiqué détaillé. L’ouverture d’un canal politique régulier entre la Transition malienne et la présidence congolaise constituerait néanmoins un signal utile pour une AES soucieuse d’élargir son champ d’alliances au-delà du Sahel immédiat. La prochaine étape se jouera probablement lors des rendez-vous de l’Union africaine, où la convergence esquissée à Moscou devra se vérifier sur les dossiers de paix et de sécurité du continent.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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