La situation au Mali est entrée dans une phase critique après les combats qui ont secoué le pays au cours du week-end et durant les jours suivants. Le chef de la junte, le colonel Assimi Goïta, est sorti de son silence pour s’adresser à la nation et reconnaître la gravité du moment, tout en assurant que le pouvoir militaire gardait la main. Cette réapparition, longtemps attendue, intervient alors que les rumeurs sur la solidité du régime de transition se multipliaient à Bamako comme dans les chancelleries de la sous-région.
Une réapparition d’Assimi Goïta sous haute tension
Devant les caméras, le dirigeant malien a employé des mots pesés. Il a parlé d’une situation d’extrême gravité, formule rare dans la communication officielle, tout en martelant que les forces armées maîtrisaient l’évolution des événements. Le contraste entre ces deux registres traduit l’équation politique du moment : rassurer une population éprouvée par l’insécurité sans masquer l’ampleur des défis sécuritaires qui s’accumulent depuis plusieurs semaines.
La séquence visait également à réaffirmer la verticalité du pouvoir au sommet de l’État. Depuis le double coup de force de 2020 et 2021, Assimi Goïta concentre l’autorité civile et militaire, et toute interrogation sur sa présence physique à la tête de l’exécutif nourrit immédiatement des spéculations sur la stabilité du régime. En réapparaissant, le colonel a entendu couper court à ces conjectures et rappeler que la chaîne de commandement demeurait inchangée.
L’alliance russe au cœur de la séquence diplomatique
Le choix du premier interlocuteur étranger reçu après cette prise de parole n’est pas anodin. En accueillant l’ambassadeur de Russie, le chef de la junte a envoyé un signal clair sur la hiérarchie de ses partenariats. Moscou s’est imposé, depuis le départ de la force française Barkhane et la rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, comme l’allié politique et militaire de référence de Bamako. La présence d’instructeurs et de combattants liés à l’écosystème militaire russe, désormais structuré autour de l’Africa Corps successeur de Wagner, a profondément reconfiguré l’architecture sécuritaire du pays.
Cette photographie diplomatique a aussi une portée régionale. Elle confirme que la junte malienne assume publiquement le tropisme oriental de sa politique étrangère et qu’elle compte sur l’appui de Moscou pour traverser la séquence actuelle. Reste à mesurer la capacité réelle de ce partenariat à enrayer la dégradation sécuritaire dans les régions du nord et du centre, où les groupes armés affiliés à la mouvance jihadiste ont multiplié les offensives ces dernières semaines.
L’Algérie et la région en posture de vigilance
Au-delà du Sahel, la crise malienne mobilise les diplomaties voisines. L’Algérie, qui partage près de 1 400 kilomètres de frontière avec le Mali, observe la situation avec une vigilance particulière. Alger, longtemps parrain de l’accord de paix signé en 2015 puis dénoncé par la junte de Bamako, redoute un effet de contagion sécuritaire dans son grand sud, déjà confronté à des flux migratoires irréguliers et à des trafics transsahariens persistants. Les autorités algériennes considèrent la stabilité du voisin malien comme un paramètre direct de leur propre sécurité nationale.
Les autres capitales de la zone ne sont pas en reste. Au sein de l’Alliance des États du Sahel, qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey depuis 2023, l’onde de choc d’une déstabilisation malienne fragiliserait l’ensemble du dispositif politique forgé par les trois juntes. Les pays côtiers du golfe de Guinée, en première ligne face à l’expansion jihadiste vers le sud, suivent eux aussi l’évolution avec inquiétude. Concrètement, chaque épisode de tension à Bamako se traduit par une réactivation des cellules de veille à Abidjan, Accra ou Cotonou.
Reste que l’incertitude domine. Les prochains jours diront si la reprise en main affichée par Assimi Goïta s’accompagne d’une stabilisation effective sur le terrain, ou si la crise actuelle marque un tournant dans la trajectoire de la transition militaire malienne. Selon RFI Afrique.
Pour aller plus loin
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