La Sonacos relance son outil industriel à Médina Yoro Foulah

Detailed look at a peanut harvesting machine working on a sunny day.Photo : Mark Stebnicki / Pexels

La Sonacos, opérateur historique de la trituration arachidière au Sénégal, engage une nouvelle phase de son redéploiement industriel à Médina Yoro Foulah, département rural de la région de Kolda. Le choix géographique n’a rien d’anodin : la zone s’impose désormais comme l’épicentre du nouveau bassin arachidier sénégalais, supplantant progressivement les terroirs historiques du centre du pays, fragilisés par la pression foncière et l’érosion des rendements. Pour la Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal, il s’agit de réinscrire son appareil productif au plus près de la matière première.

Un repositionnement géographique dicté par la géographie de la production

Le déplacement du centre de gravité arachidier vers le sud du Sénégal modifie en profondeur les équilibres logistiques de la filière. Les régions de Kolda, Sédhiou et la haute Casamance concentrent désormais une part croissante des volumes collectés, à la faveur de pluviométries plus favorables et d’une extension des superficies emblavées. Médina Yoro Foulah, longtemps considérée comme une marge agricole, s’est imposée parmi les départements les plus productifs du Fouladou. En y enclenchant son redéploiement, la Sonacos entend réduire ses coûts d’évacuation de la graine et limiter les pertes de qualité liées aux longues rotations vers ses unités de Diourbel, Lyndiane ou Ziguinchor.

Le calcul est aussi commercial. Depuis plusieurs campagnes, les acheteurs chinois captent une part substantielle de la production sénégalaise d’arachide d’huilerie, exportée brute via les ports de Dakar et de Ziguinchor. Cette concurrence a privé la Sonacos de tonnages indispensables à la rentabilité de ses chaînes de trituration. Implanter une présence industrielle au cœur même du bassin de production constitue, à cet égard, une réponse défensive : l’opérateur national mise sur la proximité pour sécuriser ses approvisionnements en amont, avant que la graine ne quitte le territoire.

Un enjeu de souveraineté agro-industrielle

Au-delà du calcul micro-économique, l’opération s’inscrit dans une trajectoire plus large de reconquête de la souveraineté agro-industrielle. Les autorités sénégalaises, qui ont placé la transformation locale au rang de priorité du programme de référentiel économique, voient dans l’arachide un secteur emblématique. La filière irrigue plusieurs centaines de milliers d’exploitations familiales et structure l’économie rurale d’une dizaine de régions. Sa désindustrialisation progressive, au profit d’exportations de graines non transformées, prive le pays d’une partie significative de la valeur ajoutée potentielle, qu’il s’agisse d’huile raffinée, de tourteaux destinés à l’alimentation animale ou de produits dérivés.

Le redéploiement à Médina Yoro Foulah doit également générer un impact territorial direct. Les départements ruraux du sud-est sénégalais figurent parmi les plus exposés à l’émigration interne et au sous-emploi des jeunes. L’installation d’une unité industrielle, même de capacité intermédiaire, ouvre des perspectives de création d’emplois directs et indirects, depuis la collecte primaire jusqu’aux services logistiques. Pour les collectivités locales, c’est aussi la promesse de retombées fiscales et d’une meilleure intégration aux circuits économiques nationaux.

Un test pour la stratégie industrielle de la filière

Reste que le pari n’est pas sans risques. La Sonacos traîne un passif financier ancien, marqué par des cycles de recapitalisation et des arriérés de paiement aux producteurs lors de campagnes antérieures. Sa capacité à honorer en temps utile les achats de graines auprès des opérateurs privés stockeurs et des coopératives conditionnera la réussite du nouveau dispositif. À défaut, le risque est patent de voir les volumes capter à nouveau les circuits informels d’exportation, plus liquides.

La question des infrastructures connexes se posera aussi rapidement. Les axes routiers reliant Médina Yoro Foulah aux pôles de Kolda et de Tambacounda demeurent inégalement entretenus, tandis que l’accès à l’énergie et à l’eau industrielle suppose des investissements complémentaires. La réussite du redéploiement dépendra donc autant de la capacité d’exécution de la Sonacos que de la cohérence de l’action publique autour du projet. Concrètement, le site de Médina Yoro Foulah servira de banc d’essai à un modèle de décentralisation industrielle que les pouvoirs publics ambitionnent d’étendre à d’autres filières agricoles. Selon Financial Afrik.

Pour aller plus loin

Sénégal : Diomaye Faye inaugure le parc agro-industriel de Kolda · Canada-Afrique : quelle stratégie face au tournant souverainiste du secteur minier ? · Bassirou Diomaye Faye visite l’usine Sodefitex de Vélingara à Kolda

Actualité africaine

About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

Be the first to comment on "La Sonacos relance son outil industriel à Médina Yoro Foulah"

Laisser un commentaire