Cameroun : l’État veut rééquilibrer les quotas d’importation de poisson

A variety of frozen fish on display in an outdoor market, showcasing seafood options.Photo : Sh-Andrei / Pexels

Le marché camerounais de l’importation de poisson congelé entre dans une phase d’ajustement. Réuni le 4 novembre 2026 à Yaoundé à la demande du ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, l’ensemble des parties prenantes a acté le principe d’une redistribution des quotas d’importation non consommés pour l’exercice 2026. Sur les 52 opérateurs titulaires d’une autorisation délivrée par le ministère de l’Élevage, des Pêches et des Industries animales (MINEPIA), 18 n’avaient effectué aucune importation à la date de la réunion. Seuls deux acteurs, Congelcam et Akain Nicolas Luis, dépassent un volume significatif, selon les éléments présentés lors de la concertation.

Un marché camerounais dominé par un acteur unique

La photographie dressée par le MINEPIA met en lumière une asymétrie rare dans la filière halieutique régionale. Sur les 200 000 tonnes de quotas attribuées en 2026, Congelcam en détient 130 000, soit environ 66 %. L’entreprise, dirigée par le sénateur Sylvestre Ngouchinghe, avait d’abord obtenu 100 000 tonnes, avant que le gouvernement ne rehausse son enveloppe de 30 000 tonnes supplémentaires à la suite d’une demande formulée le 18 septembre 2026. Cette pondération confère à un opérateur privé un rôle quasi régalien dans la sécurité alimentaire d’un pays où le poisson constitue la première source de protéines animales accessibles aux ménages urbains.

La concentration n’est pas une nouveauté. Depuis plus d’une décennie, Congelcam s’est imposée comme l’importateur de référence, revendiquant 200 000 tonnes débarquées en 2025. Le reste du marché se répartit entre une cinquantaine d’opérateurs dont la plupart n’exécutent qu’une fraction minime de leurs droits, lorsqu’ils les activent. Cette configuration tranche avec les filières comparables observées en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, où plusieurs importateurs de taille intermédiaire se partagent le marché du maquereau et du chinchard surgelés, limitant l’exposition du prix de détail aux décisions d’un acteur unique.

Une dépendance alimentaire que la production locale ne comble pas

L’arrière-plan de ce dossier est celui d’une offre nationale insuffisante. Avec environ 259 000 tonnes produites en 2025 selon le MINEPIA, pour une demande intérieure estimée à 500 000 tonnes, le Cameroun ne couvre qu’autour de 52 % de ses besoins par sa pêche artisanale, industrielle et son aquaculture. L’écart est systématiquement absorbé par les importations de poissons de mer congelés, dont le volume est passé de près de 207 000 tonnes en 2024 à 267 259 tonnes en 2025, d’après l’Institut national de la statistique (INS). En valeur, la facture correspondante atteint 230,8 milliards de francs CFA, en progression de 38 % sur un an.

Cette inflation du poste importations pèse sur la balance commerciale et sur le pouvoir d’achat. Le 15 octobre 2026, Congelcam avait annoncé, lors d’un point presse, le risque d’une pénurie à partir de fin novembre, en évoquant des conséquences possibles sur les prix à la consommation. L’avertissement, intervenu avant que le dossier des quotas inutilisés ne soit mis sur la table, illustre la capacité du principal opérateur à peser sur le calendrier public.

Un arbitrage politique qui reste à écrire

La proposition portée par le ministre du Commerce consiste à récupérer les quotas dormants détenus par les 18 opérateurs inactifs pour les réattribuer à des entreprises en mesure de les exécuter. Un représentant du MINEPIA a donné son accord de principe, sans qu’aucun calendrier ni volume précis de réallocation n’ait été rendu public. Le ministre a par ailleurs demandé une collaboration plus étroite entre le MINEPIA et la Société générale de surveillance (SGS), chargée du contrôle des cargaisons, pour fluidifier les procédures d’importation.

Plusieurs zones d’ombre persistent. Ni les volumes effectivement importés par chaque opérateur, ni le tonnage total resté inutilisé, ni les critères ayant présidé à l’attribution initiale des 52 licences n’ont été communiqués. L’identité des 18 titulaires inactifs n’a pas davantage été rendue publique, pas plus que la nature exacte des entraves évoquées par le ministre. Dans ces conditions, le redéploiement annoncé pourrait aussi bien ouvrir la filière à de nouveaux entrants que consolider la position des deux importateurs déjà opérationnels, au premier rang desquels Congelcam.

L’enjeu dépasse la seule gestion administrative. Il engage la soutenabilité d’un modèle où la sécurité alimentaire d’un pays de 28 millions d’habitants repose, pour sa moitié protéique, sur les décisions commerciales d’une poignée d’opérateurs privés.

Pour aller plus loin

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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