Cameroun : Yaoundé privilégie un financement privé à Londres aux eurobonds

Dramatic night view of London's skyline featuring modern skyscrapers and the historical Tower of London.Photo : Manzoni Studios / Pexels

Le Cameroun ajuste sa stratégie de mobilisation de ressources extérieures. Selon des informations relayées cette semaine, le gouvernement de Yaoundé a renoncé, du moins temporairement, à une nouvelle émission d’obligations souveraines sur les marchés internationaux, dite eurobond, au profit d’un financement privé structuré à Londres. Cette bifurcation, portée par le ministère des Finances, intervient dans un contexte où les rendements exigés par les investisseurs sur la dette africaine restent élevés, freinant l’appétit des trésors publics du continent pour les opérations publiques cotées.

Un arbitrage dicté par le coût de la dette

La décision de privilégier un placement privé plutôt qu’une émission publique répond à une équation financière serrée. Depuis le durcissement monétaire opéré par les grandes banques centrales, les émetteurs souverains africains font face à des primes de risque nettement supérieures à celles observées avant 2022. Pour un pays noté en catégorie spéculative comme le Cameroun, boucler une opération eurobond dans les conditions actuelles reviendrait à cristalliser un coût de financement jugé prohibitif par les autorités.

Le placement privé auprès d’investisseurs institutionnels sélectionnés présente plusieurs atouts. Il permet de calibrer sur mesure la maturité, le taux et les covenants, sans passer par la mécanique du carnet d’ordres public ni par la volatilité des spreads secondaires. Concrètement, Yaoundé négocie de gré à gré avec un cercle restreint de prêteurs, généralement des fonds de dette, des banques d’affaires ou des assureurs britanniques, ce qui offre davantage de discrétion sur les conditions finales de l’opération.

Londres, plateforme privilégiée pour les émetteurs africains

Le choix de la place financière londonienne n’a rien de fortuit. La City demeure le premier hub européen pour la structuration de dette émergente, avec un écosystème dense de conseils juridiques, d’arrangeurs et de véhicules dédiés aux marchés frontières. Plusieurs États africains, du Bénin au Ghana en passant par la Côte d’Ivoire, y ont récemment mené des opérations, qu’il s’agisse d’émissions publiques ou de lignes bilatérales adossées à des garanties multilatérales.

Pour le Cameroun, cette voie s’inscrit dans la continuité d’une politique de diversification des sources de financement extérieur. Le pays, engagé dans un programme avec le Fonds monétaire international (FMI), doit composer avec des plafonds d’endettement non concessionnel et des cibles de viabilité de la dette publique. Un financement privé bien calibré peut être intégré à ces enveloppes sans compromettre les revues du programme, à condition d’en démontrer la soutenabilité et la transparence.

Un signal ambivalent pour les marchés

Sur le plan de la lecture financière, l’opération envoyée depuis Yaoundé revêt une portée politique. Renoncer à un eurobond, c’est reconnaître implicitement que les fenêtres de marché ne sont pas alignées avec les besoins budgétaires immédiats. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, avait déjà plaidé pour un nouveau programme avec le FMI, signe que la contrainte de liquidité extérieure demeure structurante pour l’exécutif camerounais.

Reste que le placement privé n’est pas exempt de risques. Les investisseurs qui acceptent de porter ce type d’instruments exigent en général une rémunération supérieure à celle du marché coté, en contrepartie d’une liquidité moindre. Ils imposent aussi des clauses parfois strictes en matière de ratios financiers, de suretés ou de mécanismes d’accélération en cas de défaillance. Pour un souverain, la souplesse initiale peut se payer par une rigidité opérationnelle sur la durée de vie du prêt.

Par ailleurs, la lisibilité offerte aux agences de notation et aux partenaires multilatéraux dépendra du niveau de communication déployé autour de l’opération. Une transaction discrète peut protéger les négociations à court terme, mais elle nourrit aussi la perception d’une opacité accrue si les termes ne sont pas suffisamment publiés ex post. Dans le même temps, les bailleurs traditionnels, à commencer par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), scrutent l’articulation entre ces financements privés et les engagements pris dans le cadre des programmes d’appui budgétaire.

À court terme, l’issue de la démarche londonienne conditionnera la trajectoire de la dette extérieure camerounaise et, plus largement, la capacité du pays à maintenir un accès diversifié aux capitaux internationaux sans détériorer ses indicateurs de soutenabilité. Selon Financial Afrik, les discussions se poursuivent avec plusieurs contreparties londoniennes pour arrêter le format définitif du financement.

Pour aller plus loin

General Bank of Cameroon perd 111 milliards FCFA de dépôts en août · La BAD transfère 293 milliards de FCFA de risque camerounais à la BID et la BAsD · Cameroun : le TEG des PME recule à 11,43 % au 4e trimestre 2025

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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