Est de la RDC : Washington et Berne sondent la médiation avec l’AFC/M23

Two fishermen in a traditional wooden boat on Lake Kivu near Goma, DR Congo during sunset.Photo : Edouard MIHIGO / Pexels

La médiation internationale sur le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) connaît un nouveau soubresaut. Des délégués américains et suisses se sont rendus sur le terrain ces derniers jours pour mesurer les avancées, ou les blocages, du processus politique entre Kinshasa et l’Alliance Fleuve Congo (AFC), structure politico-militaire qui chapeaute le Mouvement du 23 mars (M23). Cette séquence diplomatique fait suite à un round de négociations tenu à la mi-avril en territoire helvétique, dont les résultats avaient été qualifiés de mitigés par plusieurs sources proches du dossier.

Une diplomatie de terrain pour évaluer les blocages

La mission conjointe associe des représentants du département d’État américain et de la diplomatie suisse, deux acteurs devenus centraux dans l’architecture de médiation autour du dossier congolais. Leur déplacement vise à recueillir les positions actualisées des belligérants, mais aussi à jauger les zones d’influence territoriale réelle du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Sur place, les émissaires ont multiplié les rencontres avec des responsables politiques locaux, des acteurs de la société civile et des représentants humanitaires.

L’enjeu de cette tournée dépasse la simple prise de température. Pour Washington comme pour Berne, il s’agit de comprendre pourquoi le canal de Doha, ouvert au printemps sous l’égide du Qatar, peine à produire des engagements opérationnels. Plusieurs points achoppent toujours : les modalités d’un éventuel cessez-le-feu durable, le statut des combattants du M23, la question du retour des déplacés et celle, hautement sensible, du retrait des troupes étrangères présentes dans la région.

Un processus de Doha à bout de souffle

Engagées il y a plusieurs mois, les discussions directes entre une délégation gouvernementale congolaise et les représentants de l’AFC/M23 ont produit une déclaration de principes, sans déboucher sur des mesures contraignantes. Le round helvétique de la mi-avril devait permettre de franchir un palier en abordant les volets sécuritaires et politiques de fond. Les échanges sont restés en deçà des attentes, plusieurs délégations relevant des divergences persistantes sur le séquençage des engagements.

Côté congolais, la présidence de Félix Tshisekedi continue de poser comme préalable le retrait des positions conquises par le M23 depuis la reprise des hostilités. À l’inverse, le mouvement rebelle réclame des garanties politiques avant tout geste militaire significatif, et entend préserver les acquis administratifs constitués dans les zones sous son contrôle, notamment autour de Goma et de Bukavu. Cette asymétrie de calendrier nourrit un dialogue de sourds que les médiateurs tentent désormais de fluidifier par une approche plus granulaire.

Washington, acteur pivot d’un nouvel agenda régional

L’implication américaine s’est densifiée depuis la signature, à Washington, d’un accord-cadre entre la RDC et le Rwanda visant à désamorcer les tensions transfrontalières. L’administration américaine considère le dossier congolais comme une priorité, à la fois pour des raisons sécuritaires et pour sécuriser l’accès aux ressources stratégiques de la région, en particulier le coltan, le cobalt et l’étain dont les chaînes d’approvisionnement traversent les Grands Lacs. La Suisse, de son côté, apporte une expertise éprouvée en matière de facilitation discrète et d’accompagnement de processus de paix complexes.

La coordination entre ces deux capitales s’inscrit en complémentarité du processus de Doha porté par le Qatar, et du mécanisme régional incarné par l’Union africaine et la Communauté de l’Afrique de l’Est. Cette superposition de pistes diplomatiques traduit autant la complexité du conflit que la difficulté à dégager un format unique acceptable par toutes les parties. Reste que la multiplication des canaux comporte un risque : celui de permettre aux belligérants de jouer des médiateurs les uns contre les autres, en sélectionnant le forum le plus favorable à leurs intérêts du moment.

Sur le terrain humanitaire, la situation demeure préoccupante. Les agences onusiennes recensent toujours plusieurs millions de déplacés internes dans les deux Kivu, et la pression sur les infrastructures sanitaires et alimentaires ne faiblit pas. La fenêtre politique ouverte par la mission américano-suisse sera donc scrutée de près à Kinshasa, à Kigali et dans les capitales des bailleurs occidentaux, qui conditionnent une partie de leurs appuis budgétaires à des avancées tangibles. Selon RFI Afrique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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