Cemac : les exportations rebondissent grâce au pétrole et au gaz

Pile of old, rusty oil barrels stacked outdoors with visible labels and numbers.Photo : Waldemar Brandt / Pexels

Les exportations de la Cemac retrouvent des couleurs. Selon l’Indice composite des cours des produits de base (ICCPB) publié le 10 juin 2026 par la BEAC, les prix moyens des biens vendus à l’étranger par les six pays de la zone — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine — ont progressé de 0,7% en variation trimestrielle entre janvier et mars. Une inflexion modeste en apparence, mais qui marque la fin d’un cycle baissier entamé au deuxième trimestre 2025.

Derrière cette moyenne se cache un écart considérable entre compartiments. Le segment énergétique, locomotive historique des recettes extérieures de la sous-région, a bondi de 23% sur le trimestre, après une contraction de 1,3% à la fin 2025. À l’inverse, les produits non énergétiques ont reculé de 15,4%. Cette polarisation illustre la dépendance persistante des économies d’Afrique centrale aux hydrocarbures, qui demeurent le principal vecteur de transmission des chocs externes.

Pétrole et gaz : un rebond porté par la géopolitique

Le baril de pétrole est ressorti à 75,7 dollars en moyenne trimestrielle, contre 62,1 dollars au quatrième trimestre 2025, soit une hausse de 22%. La BEAC attribue cette dynamique à deux facteurs convergents. D’un côté, l’aggravation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient a réinjecté une prime de risque sur le marché physique. De l’autre, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (OPEP+) ont maintenu leur politique de quotas restrictifs, refusant de relâcher les coupes de production malgré un environnement de demande incertain.

Ce double levier a suffi à supplanter l’effet déflationniste du ralentissement structurel de la demande asiatique, principal frein qui pesait sur les cours depuis 2024. Pour les producteurs de la zone — Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Cameroun et Tchad — cette configuration offre une fenêtre de respiration budgétaire bienvenue, alors que plusieurs États affichent des marges de manœuvre étroites en matière de finances publiques.

Le gaz naturel a suivi une trajectoire parallèle, avec une progression de 23,2% pour atteindre 10,31 dollars par million de BTU. Le moteur est ici climatique et logistique : l’épuisement accéléré des stocks européens, mis sous pression par un hiver rigoureux, a forcé les acheteurs du Vieux Continent à se positionner agressivement sur le marché spot. La production américaine, pourtant soutenue, n’a pas suffi à compenser l’urgence de la reconstitution des réserves et les inquiétudes sur la sécurité d’approvisionnement.

Les filières non énergétiques en recul marqué

Le tableau est nettement moins favorable pour les autres compartiments. La chute de 15,4% enregistrée sur les produits non énergétiques traduit un environnement détérioré pour plusieurs filières clés de la sous-région, des métaux et minéraux aux matières premières agricoles et forestières. Cette divergence préoccupe les autorités monétaires, qui suivent attentivement les implications sur les termes de l’échange et la diversification productive.

L’arithmétique du trimestre est sans appel : sans la flambée des hydrocarbures, la zone Cemac aurait enregistré une nouvelle dégradation de ses prix à l’exportation. La hausse globale, certes positive, masque une vulnérabilité structurelle que les programmes économiques régionaux peinent à corriger depuis plusieurs années.

Un thermomètre stratégique pour la zone

L’ICCPB s’appuie sur les cours de vingt produits de base représentant environ 90% de la valeur totale des exportations de la Cemac. Son panier se structure autour de cinq catégories : produits énergétiques, métaux et minéraux, produits forestiers, produits agricoles et produits de la pêche. Cet indice joue un rôle d’indicateur avancé pour anticiper l’évolution des termes de l’échange, des recettes en devises et, in fine, des équilibres macroéconomiques internes.

Pour les ministères des Finances de la sous-région, le signal envoyé par la BEAC est à double tranchant. La manne pétrolière et gazière offre une bouffée d’oxygène à court terme, susceptible d’améliorer la position extérieure et les recettes fiscales. Mais elle renforce mécaniquement la dépendance aux hydrocarbures, à un moment où la transition énergétique mondiale et la volatilité géopolitique imposent une diversification accélérée. Selon Investir au Cameroun, la banque centrale poursuit son suivi trimestriel pour mesurer la résilience de ces dynamiques.

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About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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