Crédit bancaire : l’offre recule de 20% dans la Cemac début 2026

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

Le crédit bancaire dans la zone Cemac amorce 2026 sur une trajectoire descendante. Selon le dernier rapport de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) sur l’évolution des taux débiteurs, l’offre globale de crédit délivrée par les établissements de la sous-région a atteint 2 510,5 milliards de FCFA entre janvier et mars 2026, contre 3 146,9 milliards un an plus tôt. La contraction ressort à 20,22% en glissement annuel, soit un manque à gagner supérieur à 636 milliards de FCFA pour l’économie des six États membres.

Derrière cette statistique, c’est la dynamique de financement des acteurs productifs qui interpelle. Les entreprises absorbent traditionnellement la part dominante des concours bancaires : 81,15% de l’enveloppe distribuée au premier trimestre. Or ce sont précisément elles qui réduisent leur recours à la dette. La banque centrale impute le repli observé à un essoufflement de la demande émanant du tissu productif, davantage qu’à un durcissement des conditions d’octroi.

Les grandes entreprises en première ligne du repli du crédit en Cemac

Les chiffres compilés par l’institut d’émission régional sont éloquents. L’enveloppe consentie aux entreprises est passée de 2 600,7 milliards de FCFA au premier trimestre 2025 à 2 037,2 milliards un an plus tard, soit un recul de 563,5 milliards en valeur absolue et de 21,67% en variation annuelle. La décélération est portée presque exclusivement par le segment des grandes entreprises, qui captent encore plus de 58% des nouveaux crédits mis en place sur la période.

Le volume distribué à ces grands comptes est tombé à 1 471,3 milliards de FCFA, contre 2 000,2 milliards un an auparavant. La chute atteint 26,44% en glissement annuel, soit près de 529 milliards de FCFA évaporés des bilans bancaires sur ce seul segment. Ce mouvement traduit une prudence accrue des directions financières, sans doute liée au ralentissement des projets d’investissement, à l’attentisme dans les industries extractives et à la révision des plans de trésorerie dans plusieurs filières exportatrices de la sous-région.

Les PME résistent mieux mais ne compensent pas la baisse

Le segment des petites et moyennes entreprises (PME) amortit partiellement le choc, sans inverser la tendance. La BEAC indique que les crédits aux PME ont représenté 22,54% du total des concours accordés au premier trimestre 2026, à hauteur de 565,9 milliards de FCFA, contre 600,4 milliards un an plus tôt. Le retrait se limite à 5,76%, un rythme nettement inférieur à celui enregistré sur les grands comptes.

Cette résilience relative confirme un constat documenté de longue date par les autorités monétaires régionales : les PME restent structurellement dépendantes du crédit bancaire, faute d’accès aux marchés de capitaux et aux financements alternatifs. Leur demande de liquidités est donc moins élastique au cycle. Reste que les volumes restent modestes au regard des besoins de financement exprimés par cette catégorie, dont la part dans le tissu économique de la Cemac dépasse de loin son poids dans l’allocation du crédit.

Un signal d’alerte pour le financement de l’économie régionale

La lecture macroéconomique de ces données invite à la vigilance. Une baisse simultanée de la demande des grandes entreprises et d’une contraction du crédit aux PME peut préfigurer un ralentissement de l’investissement productif, alors même que la Cemac cherche à diversifier ses économies au-delà de la rente pétrolière. Le recul observé intervient dans un environnement où la BEAC a maintenu une politique monétaire orientée vers la stabilité du franc CFA et la préservation des réserves de change, au prix de taux directeurs encore élevés.

Pour les autorités monétaires comme pour les ministères des Finances de la sous-région, la question centrale devient celle de la transmission. Si les entreprises diffèrent leurs projets, l’effort de relance budgétaire risque de ne pas trouver le relais bancaire nécessaire. Les prochaines publications trimestrielles de la BEAC permettront de mesurer si le mouvement s’enracine ou s’il relève d’un ajustement ponctuel. Selon Investir au Cameroun.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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