Dangote Cement Cameroon vise 3 millions de tonnes de ciment en 2028

Pile of orange cement bags on a wooden pallet in an industrial setting.Photo : Aliaksei Smalenski / Pexels

Dangote Cement Cameroon entend porter sa capacité de production de ciment de 1,5 à 3 millions de tonnes par an d’ici 2028 au Cameroun. La filiale du groupe panafricain contrôlé par le milliardaire nigérian Aliko Dangote justifie cette projection par la demande soutenue des chantiers d’infrastructures et du bâtiment, deux moteurs traditionnels de la consommation cimentière dans le pays. Pour préparer cette montée en charge, l’entreprise a dévoilé le 18 juin 2026, à Douala, une nouvelle référence commerciale destinée au segment professionnel de la maçonnerie.

Baptisé Dangote BlocMaster, ce ciment de grade 42,5R est conditionné en sacs de 50 kilogrammes et cible spécifiquement les fabricants de blocs et les artisans du gros œuvre. Le cimentier met en avant la résistance mécanique, la prise rapide et le rendement du produit pour s’imposer sur un créneau où les exigences techniques se durcissent. La gamme commercialisée au Cameroun par la filiale passe ainsi à trois références, dans un marché dominé par plusieurs acteurs concurrents.

Une riposte commerciale après un trimestre en recul

Le timing du lancement n’est pas neutre. Selon le rapport trimestriel du groupe, les volumes écoulés par Dangote au Cameroun ont chuté de 15,8 % en glissement annuel au premier trimestre 2026, pour s’établir aux alentours de 300 000 tonnes. Ce repli traduit l’intensité concurrentielle d’un marché où plusieurs cimentiers se disputent une demande étroitement corrélée à la dynamique du BTP et à la commande publique.

Bertrand Mbouck, directeur général de Dangote Cement Cameroon, présente BlocMaster comme une réponse aux contraintes de productivité et de sécurité exprimées par les professionnels. « Nous avons développé un produit qui répond aux obligations les plus contraignantes en termes de productivité, de résistance supérieure, de prise rapide et de rendement amélioré pour les fabricants de blocs, afin de prévenir les effondrements de bâtiments et offrir une meilleure valeur à notre clientèle », a-t-il déclaré. L’argument résonne dans un contexte camerounais marqué, ces dernières années, par plusieurs effondrements d’immeubles dans les grandes agglomérations, qui ont alimenté le débat sur la qualité des matériaux et la conformité des constructions.

En ciblant prioritairement les fabricants de blocs, les maçons et les chantiers résidentiels, la filiale cherche à reconstituer rapidement ses volumes et à reprendre des points de parts de marché. La stratégie repose sur une segmentation plus fine de l’offre plutôt que sur une bataille frontale par les prix, terrain coûteux dans un secteur aux marges déjà comprimées par la logistique et l’énergie.

Extension à Douala et relance du projet de Yaoundé

Le volet industriel complète le dispositif commercial. Dangote Cement Cameroon confirme l’extension de son usine de Douala, dont la capacité installée doit être portée à 3 millions de tonnes par an. Ce chantier s’inscrit dans un programme plus vaste du groupe, qui a récemment signé avec le chinois Sinoma Engineering un contrat d’un milliard de dollars portant sur la construction de nouvelles cimenteries et la modernisation d’unités existantes dans sept pays africains, dont le Cameroun.

Parallèlement, le cimentier annonce la réactivation d’un projet longtemps demeuré en sommeil : la construction d’une seconde unité de 1,5 million de tonnes à Yaoundé. L’implantation initialement envisagée à Nomayos est abandonnée. Le site retenu sera situé dans « une zone d’encouragement industriel » de la capitale, sans que Bertrand Mbouck n’en précise la localisation exacte ni le calendrier de mise en service. Cette relance traduit la volonté de rééquilibrer la présence géographique du groupe entre le port de Douala, porte d’entrée des intrants, et le centre administratif et politique du pays.

Un pari calibré sur la dynamique du BTP

Le bâtiment et les travaux publics représentent, selon les estimations couramment retenues, entre 6 % et 8 % du produit intérieur brut camerounais. Cette assise sectorielle justifie l’effort d’investissement consenti par Dangote, mais elle expose aussi le cimentier aux aléas de la commande publique et aux fluctuations des grands programmes d’infrastructures. À court terme, l’enjeu consiste à enrayer la baisse des volumes constatée début 2026 ; à moyen terme, il s’agira de tenir le calendrier industriel face à des concurrents qui investissent également pour défendre leurs positions.

La réussite du pari de doublement à l’horizon 2028 dépendra autant de l’absorption du marché que de la maîtrise des coûts logistiques et énergétiques, deux variables structurelles pour la rentabilité du secteur cimentier en Afrique centrale. Selon Investir au Cameroun.

Pour aller plus loin

L’AFD engage 3,3 milliards FCFA pour la filière bois en Afrique centrale · L’AFC injecte 600 millions de dollars dans les engrais Dangote · Cimencam Figuil à l’arrêt : 200 emplois menacés au Nord Cameroun

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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