Khamenei accuse l’ennemi d’attiser les divisions pour masquer ses revers

Stunning panoramic view of Tehran's skyline at dusk, showcasing the city's dense urban environment and architectural diversity.Photo : Mehdi Salehi / Pexels

Le Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, a affirmé que les ennemis du pays s’emploient à fabriquer la discorde au sein de la société iranienne pour effacer le souvenir de leurs propres défaites. Selon ses propos rapportés par la presse libanaise, cette stratégie viserait à fragiliser le front intérieur en exploitant les divergences politiques, ethniques ou confessionnelles. L’avertissement, formulé devant un auditoire de responsables, prolonge un discours désormais récurrent à Téhéran sur la guerre cognitive menée contre la République islamique.

Un message de cohésion adressé au front intérieur iranien

L’intervention de Khamenei s’adresse en priorité aux différentes composantes du pouvoir iranien, alors que les arbitrages économiques et diplomatiques alimentent des tensions entre courants conservateurs et pragmatiques. En insistant sur la notion de « discorde » provoquée de l’extérieur, le Guide cherche à recentrer le débat autour d’un récit unitaire de résistance. La grille de lecture est familière : toute contestation interne se voit ramenée à une manœuvre étrangère, principalement attribuée aux États-Unis et à Israël.

Ce cadrage répond à une réalité politique tangible. L’économie iranienne demeure étranglée par les sanctions, le rial poursuit sa dépréciation et le mécontentement social affleure régulièrement, notamment autour des questions de pouvoir d’achat, de droits civiques et de gouvernance. Pour la direction de la République islamique, présenter ces tensions comme l’œuvre d’acteurs extérieurs permet à la fois de souder la base loyaliste et de justifier le maintien d’un appareil sécuritaire dense.

Des « défaites » de l’adversaire à relativiser

La rhétorique de Khamenei évoque des « défaites » que l’ennemi chercherait à compenser. La formule mérite d’être située dans le contexte stratégique régional. Depuis l’automne 2023, l’« axe de la résistance » soutenu par Téhéran a subi des coups durs : affaiblissement spectaculaire du Hezbollah libanais, neutralisation d’une partie de ses cadres, recul du Hamas à Gaza, chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie, frappes ciblées sur des sites militaires iraniens. Dans ce paysage, l’idée d’un adversaire en position de défaite relève davantage du discours mobilisateur que du constat opérationnel.

Reste que Téhéran s’efforce de préserver les acquis encore disponibles : des milices alignées en Irak, une présence diplomatique active au Yémen via les Houthis, et une capacité balistique qui reste un levier de dissuasion. La doctrine officielle consiste à présenter chaque revers comme un épisode dans une confrontation de longue durée, où la patience stratégique l’emporterait sur les succès tactiques de l’adversaire. C’est cette grammaire que Khamenei réactive en mettant en garde contre la « fitna », ce terme arabe qui désigne la discorde et qui possède une charge religieuse forte dans l’imaginaire chiite.

Une séquence diplomatique sous haute tension

Les propos du Guide interviennent alors que les canaux indirects entre Washington et Téhéran demeurent fragiles et que la question nucléaire reste suspendue à l’incertitude. La nouvelle administration américaine a multiplié les signaux ambigus, entre menaces de sanctions renforcées et ouvertures sur une éventuelle négociation. Du côté israélien, les déclarations sur le programme nucléaire iranien continuent d’alimenter la perspective d’une escalade.

Dans ce contexte, le discours de cohésion nationale porté par Khamenei vise aussi à préparer la société iranienne à de nouvelles pressions extérieures. La référence aux manœuvres ennemies sert de cadre préventif : toute crise sociale ou contestation à venir pourra être recodée comme un instrument de l’étranger. Cette grille rhétorique, éprouvée depuis la révolution de 1979, conserve une efficacité politique réelle auprès du noyau loyaliste, même si elle convainc de moins en moins les segments urbains et jeunes de la population.

Pour les capitales arabes et africaines attentives aux équilibres du Moyen-Orient, le signal envoyé par Téhéran confirme une posture de résilience affichée, à défaut d’initiative offensive. Le Guide laisse entendre que la République islamique se prépare à une phase prolongée de confrontation, dans laquelle la maîtrise du récit interne pèsera autant que les rapports de force militaires. Selon Al Akhbar, c’est bien ce verrouillage politique qui constitue aujourd’hui l’enjeu central pour la direction iranienne.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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