Ebola en Ituri : l’OMS réclame une trêve pour soigner en RDC

Close-up of construction workers wearing safety vests and gloves in Douala, Cameroon.Photo : Xavier Messina / Pexels

L’épidémie d’Ebola qui sévit en Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), illustre une nouvelle fois la collision entre crise sanitaire et conflits armés. Dans une lettre ouverte publiée le 28 mai aux habitants de la province, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a exhorté l’ensemble des belligérants à observer une trêve, fût-elle courte, pour ménager des couloirs d’intervention aux équipes médicales. La démarche, rare par sa solennité, traduit la dégradation d’un terrain où la riposte épidémiologique se heurte à des lignes de front mouvantes.

Mongbwalu, épicentre sanitaire en zone de siège

La localité de Mongbwalu, connue pour ses gisements aurifères, concentre une partie des cas suspects et confirmés. Située dans le territoire de Djugu, elle évolue sous le régime de l’état de siège instauré depuis 2021 par les autorités congolaises pour tenter d’endiguer les violences armées dans l’Ituri et le Nord-Kivu voisin. Cette gouvernance militaire, censée restaurer l’ordre, n’a pas mis fin aux exactions attribuées à divers groupes, parmi lesquels la CODECO et les Forces démocratiques alliées (ADF). Les soignants évoluent ainsi dans un environnement où chaque déplacement vers un village reculé suppose une évaluation préalable du risque sécuritaire.

La conjonction entre fièvre hémorragique et insécurité chronique n’est pas inédite en RDC. Lors de la dixième épidémie d’Ebola, déclarée en 2018 dans le Nord-Kivu et l’Ituri, plusieurs équipes médicales avaient été directement prises pour cible, retardant la vaccination en anneau et le suivi des contacts. Le scénario actuel ravive ces souvenirs, alors que la population locale, méfiante après des décennies de promesses non tenues, reste sensible aux rumeurs sur l’origine du virus et le rôle des intervenants extérieurs.

Une riposte épidémique sous contrainte logistique

Concrètement, la lutte contre Ebola impose une chaîne logistique exigeante : centres de traitement, équipements de protection individuelle, chaîne du froid pour les vaccins, équipes mobiles de surveillance et inhumations dignes et sécurisées. Chacun de ces maillons suppose un accès libre et continu aux communautés affectées. Or, dans plusieurs axes de l’Ituri, les routes restent coupées par des affrontements ou minées par des embuscades, contraignant les agences onusiennes à recourir ponctuellement à des escortes ou à des rotations aériennes coûteuses.

L’appel de Tedros Ghebreyesus à un cessez-le-feu, même temporaire, vise précisément à reconstituer ces fenêtres opérationnelles. La doctrine est connue : sans cartographie fiable des contacts et sans capacité d’isoler rapidement les cas suspects, le virus circule de proximité en proximité et franchit les frontières provinciales. La RDC, frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, redoute une diffusion régionale qui mobiliserait à nouveau les mécanismes d’urgence sanitaire continentale, notamment les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).

Confiance des populations et économie minière

Au-delà des aspects strictement médicaux, la riposte se joue sur le terrain de la confiance. Mongbwalu et sa région concentrent une activité d’orpaillage artisanal qui draine une main-d’œuvre mobile, souvent jeune, dont la traçabilité est faible. Cette économie minière informelle constitue un défi épidémiologique majeur : les déplacements pendulaires entre sites d’extraction, marchés et localités d’origine multiplient les points de contact potentiels. Les autorités sanitaires congolaises, appuyées par l’OMS et leurs partenaires, doivent donc articuler messages de prévention, gestes barrières et campagnes vaccinales avec les réalités d’un tissu économique difficilement compressible.

Reste la question politique. Un cessez-le-feu sanitaire, même circonscrit, supposerait des canaux de dialogue avec des acteurs armés dont les agendas dépassent la santé publique. Plusieurs précédents, notamment lors des campagnes de vaccination contre la poliomyélite menées dans des zones de conflit en Afrique centrale, ont montré qu’une médiation discrète, parfois portée par des autorités coutumières ou religieuses, peut ouvrir des fenêtres d’accès. L’Ituri offrira-t-elle un tel espace ? La réponse conditionnera la trajectoire de cette nouvelle flambée épidémique.

Selon RFI Afrique, l’appel solennel de l’OMS constitue à ce stade l’initiative diplomatico-sanitaire la plus visible pour tenter de desserrer l’étau sécuritaire pesant sur les équipes de soignants déployées autour de Mongbwalu.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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