Cameroun : l’État resserre la collecte des revenus miniers

Person gold panning with traditional methods, sifting water in a sunny outdoor setting.Photo : Lucia Barreiros Silva / Pexels

Le Cameroun durcit le ton sur la collecte des recettes minières. Les autorités de Yaoundé entendent resserrer le dispositif fiscal et opérationnel encadrant l’exploitation des ressources du sous-sol, dans un secteur où l’écart entre potentiel géologique et contribution effective au budget reste considérable. La démarche s’inscrit dans une volonté affichée de mieux capter la rente extractive, à l’heure où l’État cherche de nouveaux relais de financement face aux contraintes budgétaires.

Une mobilisation accrue des recettes minières au Cameroun

Le pays dispose d’un sous-sol riche en or, fer, bauxite, cobalt, nickel, diamant et rutile, mais les revenus tirés de l’activité minière demeurent modestes au regard de ce gisement. L’or artisanal, en particulier, échappe en grande partie aux circuits officiels, alimentant une économie parallèle qui prive le Trésor de ressources substantielles. Le renforcement de la collecte vise précisément à colmater ces fuites et à recentrer la chaîne de valeur sur les opérateurs déclarés.

Les pouvoirs publics camerounais misent sur un encadrement plus strict des sites d’exploitation, une meilleure traçabilité des flux et une présence administrative renforcée sur le terrain. La Société nationale des mines (Sonamines), créée pour porter la participation de l’État dans les projets extractifs et commercialiser une partie de la production aurifère, occupe une place centrale dans ce dispositif. Sa montée en puissance traduit la volonté de Yaoundé de reprendre la main sur un secteur longtemps fragmenté.

Sonamines et la traçabilité de l’or artisanal

L’enjeu de la production aurifère artisanale est emblématique. Dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua, les sites informels prolifèrent, souvent contrôlés par des opérateurs étrangers, sans reversement effectif des droits dus à l’État. La canalisation de ces volumes vers un comptoir officiel constitue l’un des leviers les plus directs pour accroître les recettes du secteur, à coût budgétaire limité pour l’administration.

L’État camerounais s’appuie sur un principe simple : toute once produite doit être déclarée, taxée et commercialisée via les canaux agréés. Cette approche rejoint les pratiques observées dans plusieurs juridictions ouest-africaines, où des structures publiques de comptoir ont permis de récupérer une fraction substantielle de la production artisanale. Reste que la mise en œuvre dépendra de la capacité des services à couvrir le territoire et à dissuader les circuits parallèles, notamment transfrontaliers vers le Tchad, la Centrafrique ou le Nigeria.

Parallèlement, le code minier révisé en 2023 a posé un cadre plus exigeant en matière de redevances, de participation gratuite de l’État au capital des sociétés minières et d’obligations de transformation locale. La nouvelle phase d’exécution porte sur l’opérationnalisation effective de ces dispositions, longtemps restées partielles faute de moyens administratifs adaptés.

Un secteur extractif appelé à peser davantage dans le budget

La contribution du secteur minier au produit intérieur brut camerounais reste marginale, oscillant historiquement autour de 1 %, loin du poids économique attendu d’un pays doté d’un tel potentiel géologique. Les projets industriels structurants, à l’image du gisement de fer de Mbalam-Nabeba à la frontière congolaise, du fer de Kribi-Lobé ou des indices de bauxite de Minim-Martap, sont annoncés depuis plus d’une décennie sans avoir encore atteint la phase de production commerciale à grande échelle.

Le renforcement de la collecte vise donc autant à sécuriser les revenus existants qu’à préparer l’arrivée de projets de plus grande envergure. Une administration fiscale plus outillée, couplée à un cadastre minier modernisé, conditionne la capacité de l’État à négocier des conventions équilibrées avec les majors et à percevoir les flux générés. Sans cette infrastructure, les recettes risquent de rester inférieures aux prévisions, comme l’illustrent plusieurs précédents en Afrique centrale.

Pour les bailleurs et les partenaires techniques, la transparence des flux miniers constitue également un marqueur. Le Cameroun, membre de l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), doit régulièrement publier ses rapports de réconciliation. Le durcissement annoncé de la collecte s’inscrit dans cette dynamique, en consolidant les données déclarées par les opérateurs et celles enregistrées par l’État. Selon Financial Afrik, le dispositif vise à hisser la fiscalité minière au rang de levier budgétaire stratégique.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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