Ebola en RDC : Africa CDC alerte sur une épidémie non maîtrisée en Ituri

Professionals in yellow PPE suits attending to a procedure outdoors for safety training.Photo : CDC / Pexels

La 17e épidémie d’Ebola déclarée en République démocratique du Congo (RDC) n’est toujours pas sous contrôle, un mois après son officialisation dans la province de l’Ituri. Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) tire la sonnette d’alarme : la chaîne de transmission du virus continue de s’étendre dans l’est du pays, malgré le déploiement des équipes d’intervention rapide et la mobilisation des partenaires sanitaires internationaux.

Le bilan provisoire communiqué par l’agence continentale fait état de 676 cas confirmés et de 136 décès. Ces chiffres, loin de marquer un plateau, traduisent au contraire une dynamique épidémique préoccupante pour les autorités sanitaires de Kinshasa comme pour leurs partenaires régionaux. Le directeur général de l’Africa CDC, Jean Kaseya, a publiquement reconnu que la riposte n’avait pas encore permis d’enrayer la circulation du virus.

Une riposte sanitaire entravée par le contexte sécuritaire de l’Ituri

La province de l’Ituri, théâtre de cette nouvelle flambée, cumule les difficultés. Frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud, elle subit depuis plusieurs années une instabilité chronique alimentée par les groupes armés, qui complique l’accès des équipes médicales aux foyers de contamination. Les épidémies précédentes, notamment celles déclarées dans le Nord-Kivu voisin entre 2018 et 2020, avaient déjà mis en évidence le coût opérationnel de la coexistence entre crise humanitaire, conflit armé et urgence virologique.

Dans ce contexte, le traçage des contacts s’avère particulièrement délicat. Les déplacements de population, fréquents dans une zone marquée par les exactions, dispersent les chaînes de transmission au-delà des localités initialement identifiées. La vaccination en anneau, méthode privilégiée lors des précédentes ripostes, suppose une cartographie fiable des cas, qui fait défaut lorsque certaines aires de santé restent inaccessibles aux soignants.

Africa CDC, pivot d’une coordination continentale en construction

L’avertissement de Jean Kaseya illustre la montée en puissance d’Africa CDC dans la gestion des urgences sanitaires sur le continent. Élevée en 2022 au rang d’agence autonome de l’Union africaine, l’institution basée à Addis-Abeba ambitionne de jouer le rôle de tour de contrôle régionale, en complément des dispositifs onusiens. Son intervention en RDC vise autant à appuyer les autorités congolaises qu’à prévenir une diffusion transfrontalière du virus vers les pays voisins.

Le Soudan du Sud, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi figurent parmi les États placés en vigilance renforcée. Les corridors commerciaux et les flux migratoires de la région des Grands Lacs constituent autant de vecteurs potentiels que les autorités sanitaires tentent de surveiller, en lien avec les ministères de la Santé concernés. Cette dimension régionale fait de l’épidémie un dossier diplomatique autant que sanitaire.

Une économie de la riposte sous tension

Le financement de la riposte constitue l’autre angle mort de la mobilisation. Les bailleurs traditionnels, sollicités par les crises sanitaires simultanées qui touchent le continent, de la variole simienne au choléra, doivent arbitrer entre des urgences concurrentes. Africa CDC plaide depuis plusieurs mois pour une augmentation des contributions des États membres, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des partenaires extérieurs et de garantir une réactivité accrue lors des prochaines flambées.

La RDC, qui affronte sa dix-septième épidémie d’Ebola depuis l’identification du virus en 1976 sur les rives de la rivière éponyme, dispose d’une expertise nationale reconnue. L’Institut national de recherche biomédicale (INRB) a démontré sa capacité à séquencer rapidement les souches virales et à orienter la stratégie vaccinale. Mais la répétition des épisodes épidémiques pèse sur un système de santé déjà fragilisé par le sous-investissement chronique et la pression des conflits armés à l’est.

Le prochain mois s’annonce déterminant. Si la courbe des contaminations ne s’infléchit pas, l’hypothèse d’une extension hors de l’Ituri ne pourra être écartée, avec à la clef une révision à la hausse des moyens humains et financiers mobilisés. Selon RFI Afrique, le directeur général d’Africa CDC entend maintenir la pression sur les partenaires pour éviter ce scénario.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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