Éthiopie : accord préliminaire pour restructurer l’Eurobond de 2024

Bikers and cars bustling in Addis Ababa's cityscape with iconic buildings and clear skies.Photo : Abdullah aljaberti / Pexels

L’Éthiopie a franchi une étape déterminante dans la restructuration de sa dette extérieure. Le gouvernement d’Addis-Abeba et un comité représentatif des détenteurs de son Eurobond ont conclu un accord préliminaire portant sur le titre obligataire émis sur les marchés internationaux et arrivé à maturité en 2024. L’annonce a été relayée par le ministre des Finances Ahmed Shide, qui pilote depuis plusieurs mois les discussions avec les bailleurs privés et le Club de Paris. Ce compromis intervient après une série de reports et de négociations difficiles, dans un contexte régional où plusieurs économies africaines tentent simultanément de réorganiser leur passif souverain.

Un défaut souverain entériné fin 2023

L’Éthiopie était devenue, en décembre 2023, le troisième pays africain à faire défaut sur sa dette obligataire après la Zambie et le Ghana. Le coupon de 33 millions de dollars dû sur son Eurobond unique, d’un montant nominal d’un milliard de dollars, n’avait pas été honoré. Addis-Abeba a sollicité le Cadre commun du G20, mécanisme conçu pour coordonner le traitement de la dette des pays à faible revenu. La démarche supposait un accord parallèle avec les créanciers privés, condition de comparabilité de traitement exigée par les bailleurs bilatéraux, Chine en tête.

Le dossier s’est révélé particulièrement sensible. Les détenteurs obligataires avaient initialement rejeté une première offre du gouvernement éthiopien, jugée trop défavorable au regard des projections macroéconomiques du Fonds monétaire international. Le différend portait notamment sur l’ampleur de la décote en valeur actuelle nette et sur le calendrier de remboursement proposé. La conclusion d’un accord de principe traduit donc un rapprochement réel entre les parties, même si les modalités techniques précises n’ont pas été intégralement détaillées à ce stade.

Un programme du FMI comme colonne vertébrale

La restructuration s’inscrit dans le cadre d’un programme de facilité élargie de crédit conclu avec le FMI en juillet 2024, doté d’environ 3,4 milliards de dollars sur quatre ans. Ce programme conditionne le décaissement des tranches à la mise en œuvre de réformes structurelles, dont la libéralisation du régime de change, la consolidation budgétaire et la réforme du secteur bancaire. La Banque nationale d’Éthiopie a notamment laissé flotter le birr en juillet 2024, provoquant une dépréciation immédiate de près de 30 % face au dollar.

Pour Addis-Abeba, l’enjeu dépasse le seul Eurobond. La dette extérieure éthiopienne s’établit autour de 28 milliards de dollars, dont une part significative est détenue par des créanciers chinois, au premier rang desquels Eximbank. L’accord avec les porteurs privés conditionne la finalisation des protocoles bilatéraux négociés sous l’égide du Cadre commun. Sans cette pièce maîtresse, le pays ne pouvait espérer un retour rapide sur les marchés internationaux ni une normalisation de ses relations avec les agences de notation, qui ont maintenu la dette souveraine éthiopienne en catégorie de défaut sélectif.

Un signal pour les économies africaines surendettées

L’avancée éthiopienne est suivie de près par d’autres capitales africaines confrontées à des tensions de liquidité. Le précédent zambien, où la restructuration a duré près de quatre ans, et le cas ghanéen, bouclé plus rapidement, ont mis en évidence la difficulté à concilier les exigences des créanciers privés, bilatéraux et multilatéraux. Le compromis trouvé sur l’Eurobond éthiopien pourrait servir de référence pour calibrer les futures opérations similaires, notamment au Kenya ou en Tunisie, où la soutenabilité de la dette demeure scrutée par les investisseurs.

Reste que l’accord annoncé doit encore être formellement validé par l’ensemble des porteurs, à travers une procédure de consultation et un vote sur les nouvelles conditions financières. L’exécution dépendra également de la stabilité macroéconomique du pays, fragilisée par les séquelles du conflit du Tigré, par la pression inflationniste et par les besoins massifs de reconstruction. Le ministère des Finances a indiqué vouloir finaliser la documentation juridique dans les prochaines semaines afin de clore définitivement ce chapitre du défaut souverain. Selon Financial Afrik, l’accord préliminaire ouvre la voie à un retour progressif de l’Éthiopie sur la scène financière internationale.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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