Le marché camerounais de la mobilité électrique franchit une étape supplémentaire. Spiro Cameroon, filiale du groupe spécialisé dans les deux-roues électriques en Afrique, a officialisé le 24 juin 2026 un accord commercial avec le distributeur Motozone portant sur 1 000 motos électriques du modèle Spiro 450 M1 V2. Si ni la valeur définitive ni le calendrier de livraison n’ont été divulgués, le prix unitaire annoncé en crédit-bail, fixé à 540 000 FCFA, permet d’évaluer la transaction à environ 540 millions de FCFA, hors remises et conditions de financement négociées entre les parties.
L’opération s’inscrit dans le sillage d’une première phase de déploiement conduite à Douala avec Royal Holding, partenaire intégré à l’écosystème Yango. Cette expérimentation, menée auprès de conducteurs professionnels, a servi de banc d’essai pour mesurer la fiabilité du modèle 450 M1 V2 en conditions réelles. Le passage à un volume de 1 000 unités traduit une volonté manifeste de massification, à un moment où le segment de la moto-taxi reste l’un des piliers de la mobilité urbaine dans la capitale économique.
Un écosystème adossé au swap de batteries
Le modèle de Spiro repose sur le battery swap, dispositif d’échange standardisé qui permet à un conducteur de remplacer une batterie déchargée par une batterie pleine en quelques minutes, plutôt que d’attendre une recharge complète. Cette logique réduit les temps d’immobilisation, un point critique pour les exploitants de moto-taxis dont les revenus dépendent du nombre de courses effectuées chaque jour. La densité du réseau de stations conditionnera l’adoption.
À l’échelle continentale, l’entreprise revendique plus de 100 000 véhicules électriques en circulation et près de 2 500 stations d’échange déployées. Le 1er juin 2026, elle a bouclé une levée de fonds de 215 millions de dollars destinée à accélérer le maillage de son infrastructure batteries, à renforcer ses capacités d’assemblage local et à pénétrer de nouveaux marchés. Le Cameroun figure parmi les relais de croissance privilégiés de cette stratégie d’expansion.
Un cadre fiscal incitatif depuis 2025
L’accord Spiro-Motozone intervient dans un environnement règlementaire devenu plus favorable. La loi de finances 2025 a institué un régime incitatif pour les véhicules électriques importés au Cameroun, avec une exonération du droit d’accises et une réduction de moitié de la base imposable à l’importation. Ces mesures s’appliquent aux deux-roues, aux batteries et aux équipements de recharge, et abaissent mécaniquement le coût d’entrée pour les opérateurs comme pour les distributeurs.
Cet alignement fiscal change l’équation économique. Dans un contexte de renchérissement des carburants et de maintenance coûteuse des motos thermiques, la motorisation électrique gagne en compétitivité, à condition que les coûts d’usage et la disponibilité des batteries suivent. Le secteur des deux-roues professionnels, marqué par une forte informalité, représente un gisement de demande considérable pour un opérateur capable de proposer un modèle économique tenable.
Trois équations à résoudre pour passer à l’échelle
La portée réelle de l’annonce dépendra de l’exécution. Premier verrou : l’infrastructure. Faire rouler 1 000 motos électriques de façon intensive suppose un maillage suffisamment dense de stations swap à Douala, Yaoundé et dans les corridors empruntés par les conducteurs. Sans cette colonne vertébrale logistique, la promesse de continuité d’usage se heurte rapidement aux contraintes du terrain.
Deuxième verrou : la solvabilité des conducteurs. Le prix affiché à 540 000 FCFA en crédit-bail ne dit rien des mensualités, de la durée des contrats, du coût d’abonnement aux batteries ou de la facture de maintenance. L’adoption massive passera par une mécanique de financement calibrée sur les revenus journaliers des exploitants de moto-taxis, eux-mêmes contraints par la concurrence et la régulation locale du transport.
Troisième verrou : la profondeur industrielle. Pour que l’arrivée de Spiro produise un effet durable, l’investissement devra dépasser la simple importation pour irriguer l’assemblage local, la formation de techniciens et la gestion du cycle de vie des batteries. C’est à cette condition que la filière des deux-roues électriques pourra générer de la valeur ajoutée au Cameroun, plutôt que de se limiter à un canal de distribution. Selon Investir au Cameroun, l’accord conclu avec Motozone constitue un signal fort, mais le basculement structurel reste suspendu à la capacité de l’écosystème à rendre l’électrique plus rentable que le thermique pour les conducteurs professionnels.
Pour aller plus loin
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