La capitale congolaise concentre, le 26 mai 2026, l’attention des bailleurs internationaux conviés à arrimer le premier programme prioritaire du Fonds Bleu du Bassin du Congo. La rencontre, organisée en marge des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement, doit drainer 5,32 milliards de dollars, soit près de 3 006 milliards de FCFA, pour 63 projets structurants. Elle se tient sous le haut patronage du président Denis Sassou N’Guesso, également président de la Commission climat du Bassin du Congo, instance politique de tutelle du mécanisme.
Conçu comme un outil financier innovant au service d’un développement bas-carbone et résilient, le Fonds Bleu cible une palette large d’investissements. Gestion durable des écosystèmes, protection du littoral, pêche et aquaculture, infrastructures bleues, eau et assainissement, tourisme écologique, recherche, innovation et prévention des risques sanitaires figurent parmi les segments retenus. Cette diversité reflète la volonté des États fondateurs de transformer la rente écologique du bassin en chaîne de valeur économique tangible.
Un mécanisme régional adossé à dix-sept États
Le périmètre géographique du Fonds Bleu déborde largement l’Afrique centrale. Dix-sept pays africains en sont membres : Angola, Burundi, Cameroun, République centrafricaine, République du Congo, République démocratique du Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Kenya, Ouganda, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Soudan du Sud, Tanzanie, Tchad, Zambie et le Royaume du Maroc. Le site officiel du mécanisme fait état d’un pipeline cumulé de 254 projets référencés, valorisés à environ 10 milliards de dollars. La table ronde de Brazzaville porte donc sur un peu plus de la moitié de ce gisement, jugé prêt à recevoir des engagements financiers.
Le Fonds Bleu a été lancé en 2016 à la COP22 de Marrakech, en complément du processus politique animé par la Commission climat du Bassin du Congo. Près d’une décennie plus tard, ses promoteurs cherchent à le faire basculer dans une phase opérationnelle, où les ambitions affichées se traduisent en décaissements et en projets exécutés sur le terrain.
La BDEAC en agent financier pivot
L’architecture institutionnelle place la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) au cœur du dispositif. L’institution sous-régionale agit comme agent financier du Fonds Bleu, avec un mandat couvrant la gestion des ressources, leur mobilisation et leur affectation vers les porteurs de projets éligibles. Ce rôle conforte la BDEAC dans son positionnement d’institution pivot du financement du développement durable en Afrique centrale, à un moment où les banques régionales africaines tentent de s’imposer comme intermédiaires de confiance pour la finance climatique mondiale.
En amont du rendez-vous de Brazzaville, la BDEAC avait déjà structuré 43 projets pour une enveloppe de 3,6 milliards de dollars. Ce premier portefeuille touche à la gestion des ressources naturelles, aux infrastructures résilientes, à la pêche, au tourisme écologique, à la recherche scientifique et à la santé environnementale. L’écart entre ces 3,6 milliards initialement préparés et les 5,32 milliards recherchés traduit l’élargissement du périmètre opérationnel à mesure que de nouveaux projets nationaux sont intégrés au pipeline régional.
Convertir le capital naturel en bien public mondial
Au-delà du tour de table, l’enjeu pour les États membres est de positionner le Bassin du Congo comme un actif écologique stratégique de la lutte mondiale contre le dérèglement climatique. Deuxième massif forestier tropical de la planète, la zone concentre des stocks de carbone et une biodiversité dont la valorisation financière reste sous-exploitée par rapport à l’Amazonie. Les organisateurs comptent interpeller bailleurs bilatéraux et multilatéraux, fonds climatiques, banques de développement et investisseurs privés, dans une logique de partage des risques.
Reste que la transformation des annonces en flux concrets dépendra de la capacité du mécanisme à démontrer une gouvernance fiduciaire robuste, condition sine qua non pour capter la finance climatique internationale. La présence des Assemblées de la BAD à Brazzaville offre, à cet égard, une vitrine diplomatique précieuse pour les autorités congolaises et leurs partenaires régionaux. Selon Investir au Cameroun, l’événement marque l’entrée du Fonds Bleu dans sa phase de mobilisation effective de ressources.
Pour aller plus loin
La BAD garantit 450 millions d’euros pour la transition verte d’OCP · Cameroun : 9 milliards USD de crédits engagés non décaissés fin mars 2026 · Cameroun : 16,5 milliards FCFA d’intérêts versés à Eximbank China au T1 2026

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