Frappes américaines sur Qeshm, Téhéran vise des bases au Golfe

Waves crash on the rocky shore of Hormoz Island, Iran with clear blue skies.Photo : Melika Hazrati / Pexels

L’affrontement entre Washington et Téhéran a franchi un nouveau seuil avec une série de frappes américaines visant l’île iranienne de Qeshm, position stratégique commandant l’entrée du détroit d’Ormuz. La riposte iranienne ne s’est pas fait attendre : le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) affirme avoir pris pour cibles des bases américaines stationnées au Koweït et à Bahreïn, deux alliés du Conseil de coopération du Golfe qui hébergent une part substantielle du dispositif militaire des États-Unis dans la région.

Qeshm, verrou stratégique du détroit d’Ormuz

Située à quelques kilomètres des côtes méridionales de l’Iran, Qeshm n’est pas une cible anodine. La plus grande île du Golfe persique abrite des infrastructures militaires, des installations radar et des sites logistiques du CGRI, en particulier de sa composante navale. Sa position lui confère un rôle de surveillance sur le trafic maritime du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial. Frapper Qeshm, c’est viser le système nerveux de la dissuasion iranienne face aux flottes occidentales.

Le choix de cette cible signale une volonté américaine de dégrader les capacités de projection navale iraniennes plutôt que de se limiter à des sites symboliques. Les analystes militaires lisent ce geste comme un avertissement direct adressé aux unités du CGRI qui multiplient depuis plusieurs mois les démonstrations de force dans les eaux du Golfe. Téhéran, qui a fait de la maîtrise d’Ormuz un axe doctrinal majeur, ne pouvait laisser une telle opération sans réplique visible.

La riposte du CGRI au Koweït et à Bahreïn

La réponse iranienne porte sur deux pays du Golfe où la présence militaire américaine est ancienne et dense. Le Koweït accueille notamment le camp Arifjan et la base aérienne d’Ali Al-Salem, plaques tournantes des opérations terrestres et logistiques du Commandement central des États-Unis (CENTCOM). Bahreïn, quant à lui, héberge le quartier général de la Ve Flotte américaine à Manama, pivot du dispositif naval dans la zone. Cibler ces deux territoires constitue une rupture qualitative par rapport aux échanges de feu plus localisés observés ces dernières années.

En frappant des installations situées sur le sol de pays membres du Conseil de coopération du Golfe, Téhéran prend le risque assumé d’entraîner ces capitales dans un conflit qu’elles cherchent depuis longtemps à éviter. Riyad, Abou Dhabi, Manama et Koweït City ont multiplié au cours des derniers mois les canaux diplomatiques avec la République islamique, dans une logique de désescalade régionale patiemment construite depuis l’accord sino-saoudien de mars 2023. L’extension du théâtre d’opérations menace directement cette architecture.

Une escalade aux ondes de choc régionales

Les conséquences économiques pourraient être immédiates. Une fermeture, même partielle, du détroit d’Ormuz ferait bondir les cours du brut et perturberait l’approvisionnement énergétique de l’Asie, dont la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud dépendent lourdement. Les compagnies d’assurance maritime ont déjà relevé à plusieurs reprises les primes de guerre applicables au transit dans la région, signe d’une nervosité croissante des marchés.

Sur le plan diplomatique, la séquence place les monarchies du Golfe devant un dilemme stratégique. Accepter sans réagir des frappes iraniennes sur leur territoire reviendrait à entamer leur souveraineté ; soutenir ouvertement une riposte américaine reviendrait à s’inscrire dans une logique de guerre ouverte avec leur voisin. Cette équation explique la prudence affichée par plusieurs capitales arabes, soucieuses de préserver un dialogue régional encore fragile.

Reste la question des médiateurs. Oman, traditionnel intermédiaire entre Washington et Téhéran, et le Qatar, dont les bons offices ont déjà permis de désamorcer plusieurs crises, devraient être sollicités dans les heures qui viennent. La fenêtre pour éviter une spirale incontrôlée se rétrécit, alors que les opinions publiques des deux camps réclament des réponses fermes. Pour les capitales africaines importatrices d’hydrocarbures du Golfe, l’évolution de cette crise sera scrutée de près, tant l’impact sur les prix à la pompe et la balance commerciale s’annonce sensible.

Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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