Maroc : Bank Al-Maghrib confirme la hausse du crédit bancaire

High-angle view of Casablanca's urban skyline under a vibrant blue sky.Photo : Aymane Hanni / Pexels

Le crédit bancaire au Maroc poursuit sa progression et la solidité du système financier reste avérée, selon les dernières observations de Bank Al-Maghrib (BAM). L’institut d’émission, présidé par Abdellatif Jouahri, confirme une dynamique d’octroi de prêts en hausse, doublée d’indicateurs prudentiels jugés conformes aux exigences réglementaires. Le constat intervient à un moment charnière pour l’économie marocaine, engagée dans le financement de chantiers d’envergure liés à la Coupe du monde 2030 et à la reconstruction post-séisme d’Al-Haouz.

Une dynamique de crédit qui reflète la commande publique et privée

La progression de l’encours des crédits accordés par le secteur bancaire traduit l’accélération de la demande de financement portée à la fois par les entreprises et par les ménages. Le royaume connaît depuis plusieurs trimestres une intensification des projets d’infrastructures, notamment dans les transports, les stades sportifs et les zones industrielles intégrées. Les besoins en fonds de roulement des opérateurs privés, combinés à la reprise du crédit immobilier, expliquent en partie cette tendance.

Le rythme observé par Bank Al-Maghrib s’inscrit dans un environnement monétaire où la banque centrale a desserré progressivement sa politique au cours des derniers mois, après le cycle de hausses initié en 2022 pour contenir l’inflation. Ce repositionnement, plus accommodant, redonne de l’oxygène aux trésoreries et favorise la transmission des conditions de financement vers l’économie réelle. Reste que la sélectivité des banques sur certains segments, en particulier les TPE-PME, demeure un point de vigilance signalé de longue date par l’Observatoire marocain de la TPME.

Stabilité bancaire : des coussins prudentiels jugés robustes

Au-delà de la dynamique du crédit, c’est la résilience du secteur bancaire que confirme l’autorité monétaire. Les ratios de solvabilité et de liquidité du système restent supérieurs aux seuils réglementaires fixés dans le sillage des normes de Bâle III, transposées par Bank Al-Maghrib via ses circulaires successives. Cette robustesse constitue un atout pour le royaume, alors que la place de Casablanca ambitionne de consolider son statut de hub financier régional à travers Casablanca Finance City (CFC).

Les créances en souffrance, bien que toujours suivies de près, n’ont pas dégradé significativement les fondamentaux du secteur. Les trois grands groupes bancaires marocains — Attijariwafa Bank, Banque Centrale Populaire et Bank of Africa — continuent par ailleurs d’irriguer les économies subsahariennes où ils détiennent des positions de premier plan. Cette extension panafricaine, qui couvre plus d’une vingtaine de pays, expose certes les bilans à des risques de change et de qualité d’actifs, mais elle constitue aussi un relais de croissance et de diversification que la banque centrale surveille avec attention.

Un signal calibré pour les investisseurs et les bailleurs

Le message envoyé par Bank Al-Maghrib n’est pas neutre sur le plan stratégique. À l’approche de plusieurs émissions obligataires souveraines et alors que le Maroc cultive sa notation auprès des grandes agences internationales, l’affirmation d’une stabilité bancaire pèse dans l’évaluation du risque pays. Le royaume, qui figure parmi les rares émetteurs africains classés en catégorie investissement, mise sur cette crédibilité financière pour attirer les capitaux étrangers et abaisser le coût de sa dette.

La dynamique du crédit conforte également la trajectoire de croissance projetée par le Haut-Commissariat au Plan et par le Fonds monétaire international, qui tablent sur un raffermissement de l’activité non agricole. Les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et des énergies renouvelables, fers de lance de la stratégie industrielle, dépendent étroitement de la profondeur du financement bancaire local pour accompagner leurs investissements.

La prudence reste néanmoins de mise. Le contexte régional, marqué par la volatilité des prix énergétiques et par les incertitudes géopolitiques au Sahel et en Méditerranée orientale, peut peser à tout moment sur les conditions de financement. Bank Al-Maghrib devra ajuster en continu son arbitrage entre soutien à l’activité et préservation des équilibres macro-financiers. Selon Financial Afrik, la banque centrale entend maintenir une posture de surveillance active sur l’évolution des risques systémiques.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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