À Libreville, le rapprochement entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Henri-Claude Oyima marque un tournant dans l’architecture de financement de l’économie gabonaise. Le chef de l’État, désormais investi d’un mandat présidentiel après la transition ouverte en août 2023, entend mobiliser les leviers du secteur bancaire national pour financer son projet de société à horizon 2030. Au centre de ce dispositif figure BGFI Bank, premier groupe bancaire d’Afrique centrale, dont le fondateur est devenu un interlocuteur incontournable du pouvoir.
Le pacte qui se dessine entre les deux hommes dépasse la simple convenance d’affaires. Il s’inscrit dans une logique de souveraineté financière où les capitaux domestiques sont appelés à porter la transformation structurelle du Gabon, longtemps dépendant des bailleurs extérieurs et des recettes pétrolières. La feuille de route présidentielle, qui vise une diversification accélérée de l’économie, suppose des engagements massifs en infrastructures, en agriculture, en industries de transformation et en numérique.
Un adossement bancaire pour la stratégie Gabon 2030
BGFI Holding Corporation, présent dans une dizaine de pays africains et en Europe, dispose d’une assise financière qui en fait un partenaire naturel pour des projets de grande échelle. Henri-Claude Oyima, à la tête du groupe depuis sa création, a bâti une institution dont le bilan dépasse les standards des banques commerciales de la sous-région. Sa proximité historique avec les cercles dirigeants gabonais lui confère un rôle pivot dans les arbitrages économiques.
Pour l’exécutif, l’enjeu consiste à canaliser l’épargne domestique et les capacités de syndication bancaire vers des secteurs jugés prioritaires. Concrètement, il s’agit de réduire la dépendance aux financements extérieurs concessionnels et de structurer des montages mixtes associant l’État, les banques locales et les investisseurs régionaux. Le modèle ainsi promu rompt avec les pratiques antérieures, où les grands chantiers étaient majoritairement adossés à des prêteurs internationaux ou à des partenaires asiatiques.
Souveraineté financière et risques de concentration
Cette alliance soulève toutefois des questions sur la concentration des risques. Faire reposer une part significative du financement public sur un acteur bancaire dominant expose l’État à des vulnérabilités systémiques, particulièrement dans une économie dont les recettes restent corrélées aux cours des matières premières. Les institutions de Bretton Woods et les régulateurs régionaux, à commencer par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), surveillent traditionnellement ce type d’exposition croisée entre souverains et établissements de crédit.
Reste que le pouvoir gabonais semble assumer ce choix de proximité. La logique d’un capitalisme national piloté depuis Libreville s’oppose ici à la dispersion des financements multilatéraux, perçus comme plus lents et plus contraignants en matière de conditionnalités. Le pacte Oligui-Oyima entend ainsi accélérer l’exécution budgétaire des grands projets, tout en renforçant la place de Libreville comme hub financier sous-régional face à Douala et à Brazzaville.
Le pari économique de la nouvelle ère
La crédibilité de cette équation repose sur la capacité du gouvernement à tenir ses engagements de réforme. La transformation du climat des affaires, la modernisation de l’administration fiscale et la rationalisation des entreprises publiques constituent autant de préalables pour rassurer les bailleurs et attirer les co-financements internationaux. Sans ces garde-fous, le risque serait de reproduire les déséquilibres budgétaires qui ont fragilisé le Gabon au cours de la dernière décennie.
Du côté de BGFI Bank, l’opportunité est double. Le groupe consolide son statut de banque de référence pour l’État gabonais et étend son influence sur la structuration des grandes opérations. Henri-Claude Oyima, figure discrète mais centrale du capitalisme d’Afrique centrale, s’impose ainsi comme un architecte du financement de la nouvelle République. Sa signature engage autant son institution que la trajectoire économique du pays.
Au-delà des symboles, la mise en œuvre opérationnelle du pacte sera scrutée. Les premiers projets adossés à ce dispositif, qu’il s’agisse de la modernisation des infrastructures de transport, de la relance de l’agro-industrie ou du développement des zones économiques spéciales, donneront la mesure de l’ambition affichée. Selon Gabon Review, l’alliance entre la présidence et BGFI Bank constitue désormais l’épine dorsale du financement du Gabon de 2030.
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