Libreville : un trafic de lait infantile périmé démantelé à Baraka

Close-up of baby milk formula powder in a yellow scoop with a bottle on a blue background.Photo : Towfiqu barbhuiya / Pexels

L’affaire ébranle le marché alimentaire de la capitale gabonaise. Les services de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont annoncé le démantèlement, à Libreville, d’un réseau clandestin spécialisé dans le reconditionnement et la mise en circulation de denrées périmées. Au cœur du dispositif frauduleux figure le lait infantile, produit hautement sensible destiné aux nourrissons. L’opération a été déclenchée dans le quartier Baraka, zone commerciale dense connue pour son activité marchande informelle.

Un trafic de lait infantile au cœur d’un quartier populaire

Selon les éléments communiqués par l’administration, les fraudeurs récupéraient des stocks de produits arrivés à expiration, modifiaient les dates limites de consommation, puis réintroduisaient les marchandises dans les circuits de vente. Le lait en poudre destiné aux bébés constituait la cible privilégiée de ce reconditionnement, en raison de sa forte demande et de ses marges commerciales. Les emballages étaient retravaillés afin de tromper la vigilance des consommateurs, dans un quartier où le pouvoir d’achat contraint nombre de familles à fréquenter les étals les moins onéreux.

Le choix de Baraka n’est pas anodin. Située au centre de Libreville, cette zone concentre une multitude de commerces de proximité, d’entrepôts informels et de revendeurs ambulants. Sa densité marchande en fait un point de passage stratégique pour l’écoulement de produits dont la traçabilité échappe largement aux contrôles ordinaires. Les enquêteurs y ont saisi des quantités significatives de marchandises altérées, ainsi que le matériel servant à la falsification des étiquettes et au reconditionnement.

La DGCCRF face à un risque sanitaire majeur

Pour les autorités, l’affaire dépasse la simple infraction commerciale. La consommation de lait infantile périmé expose les nouveau-nés à des risques nutritionnels et bactériologiques sérieux, allant de troubles digestifs aigus à des intoxications potentiellement graves. Les protéines et les lipides contenus dans ces préparations se dégradent rapidement après la date limite, et la prolifération microbienne peut s’avérer fatale chez des organismes encore fragiles. La DGCCRF a rappelé que ces produits relèvent d’une catégorie réglementaire strictement encadrée par les normes internationales du Codex Alimentarius.

Le démantèlement intervient alors que le Gabon multiplie les opérations de contrôle sur la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Plusieurs descentes ont été menées ces derniers mois dans les principales artères commerciales de la capitale, ciblant aussi bien les importateurs que les revendeurs au détail. L’administration entend afficher une réponse ferme face à la prolifération de circuits parallèles, alimentés par la porosité des frontières et la persistance d’un secteur informel difficilement traçable.

Souveraineté sanitaire et régulation des circuits informels

Au-delà du fait divers, l’affaire de Baraka pose la question de la souveraineté sanitaire du pays. Le Gabon importe l’essentiel de ses produits laitiers, ce qui multiplie les points de vulnérabilité le long de la chaîne logistique. Entre l’entrée des marchandises sur le territoire et leur mise en rayon, les opportunités de détournement demeurent nombreuses, faute d’un dispositif de traçabilité numérique pleinement opérationnel. Les acteurs économiques formels, qui investissent dans la conformité, dénoncent depuis plusieurs années une concurrence déloyale aux conséquences sanitaires lourdes.

La réponse pourrait passer par un renforcement des moyens d’enquête de la DGCCRF, encore largement dépendante de signalements ponctuels. Plusieurs spécialistes plaident pour la généralisation de codes-barres sécurisés sur les produits sensibles, ainsi que pour un partage de données entre douanes, ministère du Commerce et ministère de la Santé. Le Gabon, qui prépare une réforme de son cadre de protection du consommateur, dispose d’une fenêtre politique pour durcir les sanctions pénales contre les trafiquants de denrées altérées.

Reste la dimension judiciaire de l’affaire. Les personnes interpellées dans le cadre de l’opération risquent des poursuites pour tromperie aggravée et mise en danger de la vie d’autrui, qualifications passibles de peines de prison ferme dans le droit gabonais. L’enquête se poursuit afin d’identifier les fournisseurs en amont et les commerçants complices ayant accepté d’écouler les lots reconditionnés. Selon Gabon Review, la DGCCRF entend désormais étendre ses investigations à d’autres quartiers de Libreville.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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