La démission du lieutenant-général Mamat Cham, annoncée par communiqué officiel de la présidence gambienne le vendredi 29 mai 2026, marque un tournant pour l’institution militaire de Banjul. Le chef d’état-major des armées quitte ses fonctions sur fond d’accusations de corruption qu’il a publiquement contestées. Son départ intervient alors que la pression de l’opinion publique gambienne s’intensifie depuis plusieurs semaines, portée par une mobilisation numérique inédite dans ce petit État ouest-africain enclavé dans le territoire sénégalais.
Une affaire amplifiée par les réseaux sociaux
Le dossier visant Mamat Cham s’est imposé dans le débat public moins par les canaux institutionnels que par la viralité des plateformes en ligne. Des vidéos, témoignages anonymes et documents prétendument compromettants ont circulé sur Facebook, TikTok et WhatsApp, contraignant les autorités à se positionner. Le haut gradé a démenti catégoriquement toute implication dans des malversations, dénonçant une campagne orchestrée contre sa personne.
Cette dynamique illustre une mutation profonde de l’espace politique gambien. Sous le régime de Yahya Jammeh, renversé en 2017, la critique de l’armée relevait d’un tabou absolu. Neuf ans plus tard, les hiérarchies militaires se trouvent exposées à un examen citoyen permanent, relayé par une diaspora particulièrement active. La présidence n’a pas précisé les motifs exacts retenus contre l’ancien chef d’état-major, se bornant à acter son départ sans engager publiquement de poursuites.
Le pouvoir d’Adama Barrow sous pression
La démission de Mamat Cham fragilise un peu plus l’exécutif gambien. Depuis l’accession d’Adama Barrow à la présidence en 2017, à la faveur d’une transition saluée par la communauté internationale, plusieurs mouvements de contestation ont dénoncé la corruption et l’opacité de la gestion publique. Des manifestations se tiennent régulièrement à Banjul et Serrekunda pour réclamer davantage de transparence et l’accélération des réformes institutionnelles promises lors de l’alternance.
Le chef de l’État, réélu en décembre 2021 pour un second mandat, doit composer avec un mécontentement diffus, alimenté par la lenteur de la justice transitionnelle et par le sentiment qu’une partie des élites de l’ancien régime a su se reconvertir sans inquiétude. Le départ du lieutenant-général, militaire de haut rang nommé sous sa présidence, expose directement la chaîne de responsabilité au sommet de l’État. Les observateurs locaux soulignent que la rapidité de la décision présidentielle traduit la volonté de désamorcer une crise avant qu’elle ne contamine d’autres pans de l’appareil sécuritaire.
Enjeux de gouvernance pour la transition gambienne
Au-delà du cas Cham, c’est la question de la réforme du secteur de la sécurité qui resurgit. La Gambie s’est engagée, avec l’appui de partenaires européens et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dans un processus de restructuration de son armée hérité de l’ère Jammeh. Plusieurs rapports ont pointé la persistance de réseaux d’influence et de pratiques opaques au sein de la hiérarchie militaire, malgré les audits successifs.
L’identité du successeur du général Cham, non communiquée à ce stade, sera scrutée comme un indicateur de la volonté réelle de rupture. Banjul reste par ailleurs un partenaire stratégique pour Dakar, tant sur le plan sécuritaire que sur le dossier casamançais, et toute instabilité institutionnelle se répercute sur l’équilibre sous-régional. Les bailleurs internationaux, attentifs au respect des critères de bonne gouvernance, conditionnent une part croissante de leurs appuis budgétaires à des avancées tangibles en matière de lutte contre la corruption.
Reste à savoir si la démission du chef d’état-major suffira à apaiser la rue gambienne ou si elle ouvrira au contraire un cycle de révélations visant d’autres figures de l’appareil d’État. Selon RFI Afrique.
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