Le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA) poursuit sa montée en régime. Selon une mise à jour opérationnelle diffusée le 6 juillet 2026, le champ gazier partagé entre le Sénégal et la Mauritanie a livré neuf cargaisons de gaz naturel liquéfié (GNL) sur le seul deuxième trimestre. La performance conforte la trajectoire ascendante enregistrée depuis le début de l’année et confirme le statut du site comme premier hub gazier de l’Afrique de l’Ouest atlantique.
Piloté par le britannique BP en partenariat avec l’américain Kosmos Energy, la société nationale sénégalaise Petrosen et son homologue mauritanienne SMH, le complexe repose sur une unité flottante de liquéfaction (FLNG) ancrée à une dizaine de kilomètres des côtes. La ressource, découverte en 2015, est estimée à une quinzaine de milliers de milliards de pieds cubes de gaz, un volume qui place les deux États parmi les nouvelles frontières énergétiques du continent.
Une cadence d’exportation en nette progression
Le rythme observé au deuxième trimestre marque une rupture avec la phase de démarrage. Après une première cargaison exportée début 2025, les opérateurs avaient dû composer avec des ajustements techniques classiques d’une mise en service offshore. La stabilisation progressive de l’unité flottante, dimensionnée pour produire environ 2,5 millions de tonnes de GNL par an lors de la première phase, permet désormais un enchaînement plus régulier des chargements.
Neuf cargaisons en quatre-vingt-dix jours représentent une moyenne d’une expédition tous les dix jours, cadence cohérente avec les objectifs de production de plateau annoncés par les partenaires. Les acheteurs, principalement européens et asiatiques, s’inscrivent dans des contrats à moyen terme conclus avec BP Gas Marketing, chargé de la commercialisation. La destination des volumes reste sensible au différentiel de prix entre le marché atlantique et le marché asiatique, un arbitrage devenu structurant depuis la reconfiguration des flux consécutive à la guerre en Ukraine.
Des retombées budgétaires attendues à Dakar et Nouakchott
Pour le Sénégal comme pour la Mauritanie, l’accélération commerciale se traduit par une accélération des recettes fiscales et parafiscales. Les deux États se partagent à parts égales les revenus tirés du champ, conformément à l’accord de coopération intergouvernemental signé en 2018. À Dakar, ces flux sont attendus pour desserrer une contrainte budgétaire aggravée par les révisions récentes de la dette et par le poids du service de la dette extérieure. À Nouakchott, ils constituent un levier majeur de diversification d’une économie encore adossée aux mines de fer et à la pêche.
Le fonds intergénérationnel institué au Sénégal doit capter une partie de ces ressources afin d’éviter les écueils de la malédiction des matières premières. Reste à voir comment les autorités des deux pays articuleront transparence de gouvernance et gestion contra-cyclique, dans un contexte où les institutions de Bretton Woods insistent sur la traçabilité des recettes extractives.
Cap sur la phase 2 et l’autonomie gazière régionale
La montée en cadence intervient alors que les partenaires étudient l’avenir de la phase 2 du projet. Initialement envisagée pour doubler la capacité de liquéfaction, elle avait été suspendue pour cause de réévaluation technique et commerciale. Les résultats du premier semestre 2026 renforcent la crédibilité du site auprès des investisseurs et pourraient ranimer les discussions sur une extension, alors que les majors internationales révisent à la hausse la place du GNL dans leurs portefeuilles de transition.
Un autre enjeu, moins médiatisé, se joue en parallèle. Une part du gaz produit doit alimenter les réseaux électriques sénégalais et mauritanien via le mécanisme dit du gas-to-power. Concrètement, cela suppose des infrastructures dédiées de réception et de regazéification, dont les calendriers demeurent tributaires des choix de financement des deux États. La conversion des centrales existantes au gaz naturel constituerait un levier de compétitivité industrielle et de baisse du coût de l’électricité pour les ménages.
La trajectoire du champ GTA sera scrutée durant le second semestre, tant par les partenaires financiers que par les acheteurs internationaux. Les prochaines semaines devraient préciser le rythme définitif de croisière et le sort réservé à la phase 2. Selon PressAfrik, la performance du deuxième trimestre confirme le rôle stratégique du site dans l’équation énergétique de l’Afrique de l’Ouest.
Pour aller plus loin
Côte d’Ivoire : la centrale solaire Ferké de 52 MWc entre en service · Mauritanie : ACWA Power décroche la première centrale à gaz de 230 MW · Cameroun : le coût d’importation du gasoil bondit de 60,7 %

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