Les relations franco-israéliennes traversent une zone de turbulences dont le Liban-Sud est devenu l’épicentre. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, Israël aurait engagé une double manœuvre visant à marginaliser Paris dans la séquence diplomatique en cours et à restreindre la marge de manœuvre opérationnelle du contingent français déployé au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Cette lecture, formulée depuis Beyrouth, met en lumière une dégradation moins visible qu’à Bruxelles ou à Washington, mais lourde de conséquences pour l’influence française au Levant.
Une mise à l’écart politique assumée par Israël
D’après le récit publié par Al Akhbar, les autorités israéliennes auraient activement œuvré pour écarter la France des mécanismes de suivi du cessez-le-feu négocié à l’automne 2024 entre Israël et le Hezbollah. Paris, longtemps considéré comme l’un des parrains historiques du dossier libanais, se voit cantonné à un rôle secondaire derrière Washington, qui pilote désormais le comité de supervision. Le veto opposé à plusieurs initiatives diplomatiques françaises traduirait, selon le journal, une volonté délibérée de réduire le poids de l’Élysée dans l’architecture sécuritaire qui se dessine au sud du Litani.
Cette éviction n’est pas anodine. Depuis l’accord de Taëf en 1989, la France revendique un magistère moral et politique sur le dossier libanais, prolongement de sa présence mandataire au XXe siècle. Les visites répétées d’Emmanuel Macron à Beyrouth après l’explosion du port en août 2020 avaient consacré cette posture. Le retournement décrit par Al Akhbar suggère que cette centralité française ne résiste plus à la recomposition régionale post-7 octobre, où Israël entend dicter les termes de tout règlement frontalier.
Le contingent français de la FINUL sous contrainte
L’autre volet de l’offensive, plus opérationnel, concernerait directement les soldats français déployés sous casque bleu. Le quotidien libanais évoque des restrictions imposées aux mouvements et aux missions de reconnaissance du contingent tricolore, fort de plusieurs centaines d’hommes intégrés à la FINUL depuis 1978. Israël chercherait à confiner ces unités à des tâches résiduelles, loin des zones où l’armée israélienne maintient une présence après les opérations menées contre le Hezbollah.
Cette pression s’inscrit dans une séquence plus large. Tout au long de l’année 2024, la FINUL a déploré des tirs israéliens visant ses positions, notamment à Naqoura, suscitant des protestations formelles de Paris, Rome et Madrid. Les pays contributeurs européens dénoncent une remise en cause du mandat onusien adopté en 2006 par la résolution 1701 du Conseil de sécurité. La restriction des patrouilles françaises, si elle se confirme, prolongerait cette logique d’effacement du multilatéralisme onusien au profit d’un face-à-face américano-israélien.
Une diplomatie française à la croisée des chemins
Pour l’exécutif français, le coût symbolique est considérable. Paris a investi un capital politique important dans la médiation entre Beyrouth et Tel-Aviv, notamment via l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian, chargé du dossier de la présidence libanaise. La marginalisation décrite par Al Akhbar fragilise cette posture et interroge sur la capacité française à peser face à un allié israélien qui privilégie ouvertement le canal direct avec l’administration américaine.
Reste la question des leviers. La France conserve des atouts économiques au Liban, à travers ses entreprises présentes dans l’énergie, les télécoms et le secteur bancaire, ainsi qu’un réseau d’influence culturel et éducatif dense. Mais la dimension militaire, incarnée par la FINUL, demeure le marqueur le plus visible de son engagement. Toute érosion de ce dispositif affaiblit mécaniquement la voix française dans les instances qui décideront du sort de la frontière sud-libanaise.
Dans le même temps, cette séquence éclaire la fragilité du positionnement européen face à Israël. Plusieurs capitales du continent peinent à articuler soutien historique à l’État hébreu et défense des intérêts opérationnels de leurs propres contingents déployés sous mandat onusien. Le cas français, tel que documenté depuis Beyrouth, pourrait préfigurer des arbitrages similaires pour Rome, Madrid ou Berlin. Selon Al Akhbar, l’épisode marque une étape supplémentaire dans la redéfinition des rapports de force entre Israël et ses partenaires européens.
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