Kinshasa : l’opposition congolaise teste sa force avec une ville morte

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

En République démocratique du Congo, l’opposition tente un coup d’éclat. Une journée ville morte est organisée ce mercredi à Kinshasa à l’initiative de la C64, plateforme rassemblant plusieurs formations hostiles au pouvoir. Le mot d’ordre vise à paralyser la capitale pour signifier au chef de l’État, Félix Tshisekedi, le refus catégorique de toute modification de la Constitution. L’enjeu dépasse la seule journée d’action : il s’agit, pour cette coalition récemment constituée, de démontrer qu’elle existe politiquement et qu’elle pèse dans la rue.

La C64, nouvelle coalition d’opposition à l’épreuve du terrain

La plateforme C64 fédère plusieurs partis et figures de l’opposition congolaise, décidés à faire front commun face à ce qu’ils décrivent comme une dérive institutionnelle. Sa création répond à une inquiétude partagée : la perspective d’une révision de la loi fondamentale susceptible d’ouvrir la voie à un maintien de Félix Tshisekedi au pouvoir au-delà de son second mandat. Le président, réélu en décembre 2023, a évoqué à plusieurs reprises la nécessité d’une nouvelle Constitution adaptée, selon lui, aux réalités du pays. Ses détracteurs y voient un prétexte pour contourner la limitation des mandats.

La journée ville morte représente la première sortie publique de la C64. Elle constitue à ce titre un baromètre. Les leaders de la coalition jouent gros : un suivi massif renforcerait leur légitimité et leur poids dans les négociations à venir, tandis qu’une mobilisation timide affaiblirait durablement leur crédibilité. À Kinshasa, mégapole de plus de quinze millions d’habitants, la réussite d’une telle opération dépend de la fermeture effective des commerces, du gel des transports et de l’absence des Kinois dans les rues.

La Constitution, ligne rouge du débat politique congolais

Le verrou des deux mandats présidentiels figure au cœur de la Constitution de 2006, fruit de la transition post-conflit. Toute tentative de le desserrer suscite immédiatement le soupçon d’un glissement autoritaire. Plusieurs précédents continentaux nourrissent cette défiance, du Rwanda à la Côte d’Ivoire en passant par la Guinée. Pour l’opposition congolaise, céder sur ce point reviendrait à entériner une régression démocratique majeure dans un pays qui n’a connu qu’une seule alternance pacifique, en 2019.

Le pouvoir, de son côté, maintient un discours ambivalent. Aucun calendrier officiel de révision n’a été dévoilé, mais les déclarations présidentielles évoquant les limites du texte actuel ont suffi à mettre l’opposition en alerte. Plusieurs ténors de l’Union sacrée, coalition majoritaire au pouvoir, ont défendu publiquement l’hypothèse d’une refonte. Cette ambiguïté entretient un climat de défiance et fournit à la C64 un argument fédérateur, capable de rassembler des sensibilités politiques par ailleurs concurrentes.

Kinshasa, baromètre stratégique de la contestation

Le choix de la capitale n’a rien d’anodin. Kinshasa concentre l’appareil d’État, les médias, les chancelleries et une part décisive de l’opinion urbaine. Une ville morte réussie y résonne immédiatement à l’échelle nationale et internationale. À l’inverse, l’échec d’une telle opération dans la capitale prive l’opposition d’une vitrine difficilement remplaçable. Les autorités, conscientes de ces enjeux symboliques, déploient généralement un dispositif sécuritaire renforcé lors de ce type de mobilisation, ce qui complique la lecture du suivi réel.

Reste que la C64 doit composer avec un terrain politique fragmenté. Les figures historiques de l’opposition, de Martin Fayulu à Moïse Katumbi, n’ont pas toujours réussi à converger durablement. La capacité de la plateforme à transformer cette première action en dynamique pérenne dépendra de la coordination entre ses composantes et de sa capacité à articuler un message lisible auprès d’une population davantage préoccupée par le pouvoir d’achat et l’insécurité dans l’Est du pays. Concrètement, cette journée du mercredi servira de point de référence pour les mois à venir, alors que le débat constitutionnel s’annonce comme l’axe structurant de la vie politique congolaise jusqu’aux prochaines échéances. Selon RFI Afrique.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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