La BEAC reconduit son offre de liquidité de 500 milliards à 4,75%

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

Le calibrage est resté inchangé. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a lancé, le 25 mai 2026, une nouvelle opération principale d’injection de liquidités sur le marché monétaire de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), pour un montant de 500 milliards de FCFA. L’institut d’émission, qui couvre le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad et la Centrafrique, a fixé la date de valeur au 28 mai et l’échéance au 4 juin. L’opération est conduite à taux variables, le taux d’intérêt des appels d’offres (TIAO) étant maintenu à 4,75%.

Une demande bancaire en dents de scie depuis le début du mois

L’enveloppe annoncée prolonge un cycle d’interventions marqué par des écarts notables entre l’offre de la banque centrale et les besoins exprimés par les établissements de crédit. Le 5 mai, la demande des banques commerciales avait atteint 572,2 milliards de FCFA, dépassant les 500 milliards proposés à l’adjudication. L’intégralité de l’enveloppe avait alors été servie, sans pouvoir couvrir l’ensemble des sollicitations.

La tendance s’est inversée dès l’opération suivante. Le 12 mai, la BEAC a relevé son offre à 550 milliards de FCFA, mais n’a recueilli que 364,2 milliards de demande. Une semaine plus tard, le 18 mai, le retour à une enveloppe de 500 milliards s’est traduit par des sollicitations limitées à 426 milliards. En l’espace de trois semaines, le marché est ainsi passé d’une situation de surdemande à un sous-emploi des ressources mises à disposition.

Un calibrage prudent face à l’instabilité du refinancement

La décision de la banque centrale de maintenir son offre à 500 milliards de FCFA, malgré ces oscillations, témoigne d’un pilotage volontairement lissé. La BEAC s’abstient d’ajuster mécaniquement le volume mis en adjudication aux variations hebdomadaires de la demande, préférant une enveloppe stable qui sert de référence au marché. L’approche vise à soutenir le financement de l’économie sous-régionale sans alimenter un excès de liquidité susceptible de peser sur les équilibres monétaires.

Pour les banques de la zone, le recours au guichet de l’institut d’émission relève d’abord de la gestion de trésorerie à court terme. Des professionnels du secteur soulignent que les sollicitations s’intensifient lorsque les besoins de financement de la clientèle excèdent les ressources internes des établissements. Mais la demande adressée à la BEAC ne reflète pas seulement la dynamique du crédit. Elle dépend aussi de la qualité des actifs éligibles en garantie, de la fluidité du marché interbancaire et des arbitrages de trésorerie propres à chaque banque.

Une décrue par rapport aux pics de fin 2025

Replacée dans une perspective plus longue, la séquence de mai traduit un relâchement sensible des tensions. À partir de septembre 2025, les besoins exprimés par les établissements de crédit avaient dépassé le seuil de 650 milliards de FCFA, avant de grimper jusqu’à 700 puis 800 milliards en octobre. Confrontée à cette pression, la BEAC avait dû relever progressivement ses interventions pour absorber la demande.

Le tableau actuel est très différent. Si les volumes restent supérieurs à ceux du début 2026, ils demeurent nettement en deçà des pics du second semestre 2025. Le système bancaire de la Cemac reste demandeur de ressources, mais le degré de tension a reflué. Pour l’institut d’émission, l’équation à résoudre se déplace : il s’agit moins de répondre à une demande galopante que de doser un soutien continu sans relâcher la maîtrise de la base monétaire.

Reste à observer si le TIAO, maintenu à 4,75%, et le rythme hebdomadaire des injections suffiront à stabiliser durablement le marché monétaire de la sous-région. La trajectoire des prochaines adjudications constituera un indicateur scruté par les Trésors nationaux comme par les investisseurs régionaux. Selon Investir au Cameroun, la BEAC privilégie pour l’heure la continuité de son intervention sur l’ajustement fin à la demande.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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