La Cameroon Development Corporation (CDC), deuxième employeur du Cameroun après l’État, a clôturé l’exercice 2025 sur une perte nette de 20 milliards de FCFA. Le résultat tranche brutalement avec le bénéfice de 45 milliards enregistré en 2024, et confirme la fragilité structurelle d’un fleuron public dont le redressement apparent reposait moins sur une dynamique industrielle que sur un coup de pouce comptable de l’État.
L’embellie de l’année précédente trouvait en effet son origine dans l’annulation, par les pouvoirs publics, d’une dette fiscale et sociale de 59 milliards de FCFA. Ce produit exceptionnel avait masqué la réalité d’une exploitation à la peine. Sa disparition des comptes 2025 met à nu les difficultés persistantes de l’agro-industriel basé à Limbé, dans la région anglophone du Sud-Ouest.
Un répit comptable épuisé en un exercice
Le détail de l’allègement consenti en 2024 éclaire la profondeur du déséquilibre antérieur. Sur les 59 milliards de FCFA effacés, 24,1 milliards correspondaient à des arriérés de cotisations sociales accumulés auprès de la Caisse nationale de prévoyance sociale. Le solde, soit 35 milliards, portait sur des dettes envers les salariés eux-mêmes, témoignant de l’ampleur des retards de paiement subis par les ouvriers des plantations.
Les agrégats 2025 confirment l’érosion. Pour un total de bilan de 102 milliards de FCFA, les capitaux propres ne s’élèvent plus qu’à 3,2 milliards, contre 9 milliards un an plus tôt. La trésorerie recule de 7,4 milliards de FCFA, signe d’une tension de liquidité qui pourrait contraindre l’entreprise à solliciter de nouveaux concours, publics ou bancaires. Seul point positif, le chiffre d’affaires progresse légèrement, passant de 23 à 24,9 milliards de FCFA, soit un gain de 1,9 milliard insuffisant pour absorber les charges d’exploitation.
L’insécurité, frein opérationnel persistant
Le rapport d’audit signé par Forvis Mazars Cameroun met en évidence la racine du mal. Les commissaires aux comptes constatent que la production agricole 2025 est restée en deçà des prévisions budgétaires. La banane, l’hévéa et l’huile de palme, qui constituent le cœur de métier du groupe, souffrent depuis 2017 du conflit qui oppose l’armée camerounaise aux groupes séparatistes armés du NOSO, acronyme désignant les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Les opérations « villes mortes », imposées par les milices anglophones, paralysent régulièrement l’activité des plantations situées autour de Tiko, Ekona et Sonne/Likomba. Le rapport mentionne également l’assassinat d’assistants de terrain dans ces zones, illustration tragique d’un risque sécuritaire qui décourage l’encadrement et désorganise la chaîne agricole. À ces facteurs structurels s’est ajouté le climat préélectoral de 2025, marqué par des tensions politiques qui ont accentué les perturbations logistiques.
Quel horizon pour le deuxième employeur du pays
Au-delà des chiffres, la trajectoire de la CDC pose une question stratégique pour Yaoundé. Avec environ 22 000 employés à son apogée, l’entreprise constitue un amortisseur social majeur dans une région meurtrie par huit années de conflit. Son rétablissement industriel conditionne directement la stabilité économique du Sud-Ouest et la crédibilité du discours gouvernemental sur le retour à la normale dans la zone anglophone.
Or l’effet d’aubaine fiscale de 2024 n’aura été qu’un sursis. La problématique se déplace désormais du terrain de l’assainissement bilanciel vers celui de la reconquête productive. Sans rétablissement durable de la sécurité dans les bassins de production, aucun montage comptable ne pourra compenser durablement le manque à gagner opérationnel. Les bailleurs et partenaires techniques de l’entreprise, dont la Banque africaine de développement avait accompagné plusieurs plans de relance par le passé, observent désormais avec attention les arbitrages que prendra l’actionnaire public.
La direction générale n’a pas, à ce stade, communiqué de plan détaillé de retour à l’équilibre pour l’exercice 2026. Selon Investir au Cameroun, les comptes 2025 marquent la fin d’une parenthèse comptable et rouvrent le dossier industriel laissé en suspens depuis le début de la crise anglophone.
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