C’est dans l’amphithéâtre de Sciences Po Paris, institution de référence pour la formation des élites administratives francophones, que l’homme politique et économiste ivoirien Évariste Méambly a présenté son deuxième ouvrage consacré aux partenariats public-privé (PPP). L’événement, organisé devant un public d’universitaires, d’étudiants et de praticiens du développement, prolonge une réflexion entamée avec un premier essai sur la même thématique. Le choix du lieu n’est pas anodin : il inscrit la doctrine ivoirienne du PPP dans le dialogue académique européen, à l’heure où les bailleurs multilatéraux promeuvent ces instruments comme levier privilégié de financement des infrastructures africaines.
Une doctrine ivoirienne du partenariat public-privé
Élu de la circonscription de Facobly, Évariste Méambly cultive depuis plusieurs années une expertise sur l’ingénierie contractuelle des grands projets. Son nouvel ouvrage approfondit les mécanismes par lesquels les États africains peuvent mobiliser l’épargne privée, domestique comme internationale, sans alourdir excessivement leur dette souveraine. La Côte d’Ivoire a fait du PPP un instrument central de sa stratégie d’équipement, qu’il s’agisse du pont Henri Konan Bédié à Abidjan, du métro en construction ou des projets autoroutiers reliant la capitale économique aux régions productives.
L’auteur défend une approche pragmatique. Le partenariat public-privé n’est ni une panacée ni un piège mécanique : il suppose une administration outillée, des cadres juridiques stabilisés et une capacité réelle de négociation face à des concessionnaires souvent mieux armés techniquement que leurs interlocuteurs publics. Cette asymétrie demeure l’un des angles morts du discours promotionnel diffusé par certaines institutions financières internationales.
Sciences Po, caisse de résonance académique
En portant le débat à Paris, l’auteur cherche aussi à toucher la communauté des décideurs européens engagés sur le continent. Sciences Po forme une part significative des hauts fonctionnaires français impliqués dans la coopération avec l’Afrique de l’Ouest, ainsi que de nombreux cadres africains francophones. La présentation s’inscrit dans une série d’initiatives intellectuelles ivoiriennes visant à reprendre la main sur les récits relatifs au financement du développement, longtemps écrits depuis Washington, Londres ou Pékin.
L’ouvrage entend documenter les retours d’expérience accumulés depuis une décennie sur le continent. De Dakar à Nairobi, les PPP ont produit des résultats contrastés. Certains contrats ont permis de livrer rapidement des infrastructures stratégiques sans grever immédiatement les finances publiques. D’autres ont généré des passifs cachés, des renégociations coûteuses ou des tarifs jugés excessifs par les usagers. La frontière entre une opération réussie et un montage déséquilibré tient souvent à la qualité des études préalables et à la robustesse de l’autorité contractante.
Un enjeu de souveraineté financière
Au-delà de la technique contractuelle, Évariste Méambly aborde la dimension politique des PPP. Pour les États africains confrontés au resserrement des conditions de financement concessionnel et à la prudence renouvelée des agences de notation, la mobilisation du secteur privé devient une variable d’ajustement quasi obligée. Encore faut-il que cette mobilisation n’aboutisse pas à externaliser durablement la rente d’infrastructures vers des opérateurs étrangers, au détriment de l’émergence de champions locaux.
L’auteur plaide pour une montée en puissance des unités PPP au sein des ministères des Finances et du Plan, ainsi que pour une professionnalisation accrue des magistrats et auditeurs chargés du contrôle. Il insiste également sur la nécessité d’associer les parlements aux grandes négociations contractuelles, trop souvent conclues dans une opacité qui nourrit la défiance des opinions publiques. Cette exigence de transparence rejoint les recommandations formulées par la Banque mondiale et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ces dernières années.
La parution coïncide avec une phase de recalibrage des stratégies d’investissement sur le continent, alors que les annonces de la Banque africaine de développement et de la Société financière internationale convergent vers un soutien renforcé aux PPP de nouvelle génération, intégrant des critères environnementaux et de contenu local. La présentation parisienne, en mettant en avant une voix ivoirienne, participe à cette recomposition du débat. Selon FratMat, la conférence a rassemblé un auditoire attentif, signe que la question des PPP demeure au cœur des préoccupations des décideurs francophones.
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