L’Allemagne pousse pour un changement d’architecture sécuritaire au Liban-Sud. Selon des informations relayées par la presse libanaise, Berlin a soumis à ses partenaires de l’Union européenne l’idée de mandater une force européenne pour succéder à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), plus connue sous son acronyme onusien UNIFIL. La démarche intervient alors que l’avenir du contingent onusien, déployé depuis 1978 le long de la Ligne bleue séparant le Liban d’Israël, est ouvertement discuté par plusieurs capitales occidentales.
Une proposition allemande qui bouscule le format onusien
La suggestion allemande vise à remplacer un dispositif placé sous l’égide du Conseil de sécurité des Nations unies par une opération relevant de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’Union européenne. Le format changerait donc de nature juridique et de chaîne de commandement. La FINUL, forte de plusieurs milliers de Casques bleus issus d’une quarantaine de pays contributeurs, opère sur la base de la résolution 1701 adoptée en 2006 au terme de la guerre entre Israël et le Hezbollah. Son mandat est renouvelé chaque année par le Conseil de sécurité, exercice devenu de plus en plus âpre.
Berlin fait valoir qu’une force européenne offrirait davantage de souplesse opérationnelle et une réactivité accrue face aux incidents récurrents dans la zone tampon. La proposition traduit également une volonté politique : afficher une capacité européenne autonome dans une région où l’influence de Bruxelles reste marginale face aux acteurs américain, russe, iranien et turc. Le calendrier n’est pas neutre. Il intervient à l’heure où Washington et Tel-Aviv expriment ouvertement leurs réserves sur l’utilité militaire de la FINUL depuis la guerre de l’automne 2024 entre Israël et le Hezbollah.
Un dispositif onusien contesté depuis la guerre de 2024
Les positions de la FINUL au Liban-Sud ont été à plusieurs reprises visées par des tirs israéliens durant les opérations militaires dans le pays du Cèdre. Plusieurs Casques bleus ont été blessés, provoquant des protestations diplomatiques des pays contributeurs, notamment de l’Italie, de la France, de l’Espagne et de l’Irlande. À l’inverse, Israël reproche depuis longtemps au contingent onusien son incapacité à empêcher le déploiement d’armes du Hezbollah au sud du fleuve Litani, en violation présumée de la résolution 1701.
Dans ce contexte, l’idée d’une transition vers une mission européenne suscite des lectures contradictoires. Pour ses défenseurs, un dispositif communautaire permettrait de conserver une présence internationale au Liban-Sud tout en desserrant les blocages diplomatiques récurrents au Conseil de sécurité, où Washington et Moscou peuvent user de leur veto. Pour ses détracteurs, transférer la mission à l’Union européenne reviendrait à affaiblir la légitimité onusienne du dispositif et à priver le Liban de la caution multilatérale que représente le drapeau bleu.
Beyrouth face à un choix diplomatique délicat
Pour l’État libanais, la question est éminemment sensible. La FINUL constitue à la fois un pilier de la coopération militaire internationale et un symbole de la souveraineté onusienne exercée sur son territoire méridional. Les autorités libanaises ont réitéré à plusieurs reprises leur attachement au maintien de la mission, y voyant un instrument de stabilisation face aux incursions israéliennes récurrentes. Un basculement vers une force européenne modifierait l’équation politique interne, notamment vis-à-vis du Hezbollah, qui a historiquement toléré la présence des Casques bleus tout en gardant à distance les initiatives sécuritaires occidentales.
La proposition allemande devra désormais franchir plusieurs étapes. Elle suppose un consensus au sein des Vingt-Sept, difficile à obtenir sur un dossier aussi clivant, ainsi qu’une acceptation formelle de Beyrouth et une articulation avec le Conseil de sécurité. La France, principal contributeur européen à la FINUL et acteur diplomatique historique au Liban, n’a pas encore fait connaître publiquement sa position. Rome, également très engagée sur le terrain, observe la manœuvre avec prudence. Reste que l’initiative de Berlin marque un tournant : pour la première fois, un grand État membre de l’Union pose ouvertement la question de la succession du dispositif onusien au Liban-Sud. Selon Al Akhbar.
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