La gouvernance minière au Mali franchit une nouvelle étape avec la mise en œuvre de mesures destinées à renforcer l’encadrement des revenus tirés de l’exploitation aurifère. Premier producteur d’or de la région après le Ghana, le pays cherche à corriger un déséquilibre historique entre la contribution du secteur au produit intérieur brut et sa faible traduction dans les recettes publiques. Les autorités de transition affichent une ambition claire : reprendre la main sur une filière longtemps structurée autour de grands opérateurs étrangers.
Cette réforme s’inscrit dans le prolongement du nouveau code minier adopté en 2023, qui relève la part de l’État et des investisseurs locaux dans le capital des sociétés d’exploitation. Le texte porte à 30 % la participation cumulée de l’État malien et du secteur privé national, contre 20 % auparavant, et introduit un régime fiscal plus exigeant pour les opérateurs. Bamako y voit un instrument de rééquilibrage économique, alors que l’or représente environ un quart des recettes budgétaires du pays et près des trois quarts de ses exportations.
Une reprise en main assumée du secteur aurifère malien
La stratégie déployée par les autorités maliennes ne se limite pas à un ajustement fiscal. Elle vise à réorganiser en profondeur la chaîne de valeur, depuis l’octroi des permis jusqu’à la commercialisation du métal jaune. La création d’une société nationale de participations minières, annoncée pour porter les intérêts de l’État dans les projets industriels, illustre cette volonté d’institutionnaliser la présence publique dans le capital des mines. Le pays entend également développer une capacité domestique de raffinage, longtemps absente malgré la place du Mali parmi les premiers producteurs africains.
Les négociations engagées avec plusieurs multinationales, dont des groupes canadiens et australiens historiquement implantés dans le pays, traduisent la fermeté de la nouvelle doctrine. Bamako a obtenu, au cours des derniers mois, des versements substantiels au titre de redressements fiscaux et de dividendes réévalués. Ces règlements, chiffrés à plusieurs centaines de milliards de francs CFA, alimentent directement le budget national et servent d’argument politique à la démonstration d’efficacité de la réforme.
Encadrer les revenus, un enjeu de souveraineté budgétaire
La question du contrôle des revenus miniers dépasse la seule dimension fiscale. Elle engage la capacité du Mali à financer ses politiques publiques dans un contexte de rupture partielle avec les bailleurs traditionnels et de repositionnement diplomatique au sein de la Confédération des États du Sahel. Les autorités misent sur les ressources extractives pour compenser la contraction de l’aide extérieure et sécuriser les dépenses régaliennes, notamment sécuritaires. La production aurifère nationale, estimée à plus de 60 tonnes par an tous segments confondus, constitue à ce titre un levier stratégique.
La formalisation de l’orpaillage artisanal figure parmi les chantiers les plus sensibles. Ce segment, qui mobilise plusieurs centaines de milliers de travailleurs, échappe encore largement à la fiscalité et alimente d’importants flux illicites, notamment vers les Émirats arabes unis. Le renforcement des points de collecte agréés et la mise en place de mécanismes de traçabilité doivent permettre de réintégrer une partie de cette production dans les circuits officiels. L’enjeu est autant financier que sécuritaire, l’or informel étant régulièrement associé au financement de groupes armés opérant dans le nord et l’est du pays.
Un modèle observé dans toute l’Afrique de l’Ouest
La démarche malienne fait écho aux réorientations engagées par plusieurs voisins sahéliens. Le Burkina Faso et le Niger ont eux aussi révisé leurs cadres miniers pour élargir la part publique dans les projets aurifères et durcir les conditions d’exercice des opérateurs étrangers. Cette convergence, portée par les régimes de transition, dessine un nouveau modèle régional où la rente extractive devient un instrument central de reconstruction budgétaire et d’affirmation souveraine.
Reste que la trajectoire de la réforme dépendra de la capacité des autorités à maintenir l’attractivité du pays pour les investisseurs disposant des capacités techniques et financières nécessaires à l’exploitation industrielle. Les majors présentes au Mali évaluent leurs engagements à l’aune du nouveau cadre, tandis que des opérateurs originaires de Russie, de Turquie et des pays du Golfe manifestent un intérêt croissant. L’équilibre entre exigence fiscale et sécurité juridique constituera le véritable test de la réforme dans les prochains exercices. Selon Financial Afrik, la mise en application effective des nouvelles règles conditionnera la crédibilité du dispositif auprès des partenaires du secteur.
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