Le WE! Fund, filiale du FONSIS dédiée à l’entrepreneuriat féminin, vient de boucler deux conventions d’investissement d’un montant cumulé d’un milliard de francs CFA au profit de Mayawa Agro-Industrie, basée à Touba, et d’Amar Bio Solutions, installée à Sandiara dans la région de Thiès. Les deux tickets ciblent des unités de production manufacturière portées ou dirigées par des femmes, avec un objectif commun de passage à l’échelle industrielle. Les porteurs annoncent la création de près de deux cents emplois directs à l’issue des programmes d’extension financés.
Deux tickets industriels pour accélérer la production
Mayawa Agro-Industrie, qui exploite la marque d’eau minérale Aïnou dans la capitale religieuse du mouridisme, utilisera les fonds pour installer une ligne automatique de conditionnement. L’entreprise prévoit cent soixante emplois directs, avec un taux de féminisation supérieur à cinquante pour cent, et compte adosser à son usine un bassin de récupération d’eau redistribué à des activités de maraîchage, d’élevage et de pisciculture dans les villages voisins. Ce volet communautaire répond en partie à la sensibilité croissante autour de la pression exercée sur la nappe phréatique de Touba, où la demande domestique a explosé avec la croissance urbaine de l’agglomération, estimée à plus d’un million d’habitants.
À Sandiara, Amar Bio Solutions investit le créneau des produits d’hygiène formulés à base d’actifs végétaux. La PME dispose d’une capacité annoncée de cinq mille litres par jour et compte créer une quarantaine d’emplois directs. Son catalogue mélange nettoyants de surfaces, eau de Javel, détergents polyvalents, liquides pour la vaisselle, gels désinfectants et savons liquides, autant de références qui restent aujourd’hui largement couvertes par des importations ou par la production de multinationales installées à Dakar. Sa directrice générale, Amina Lome Amar, affiche une ambition sous-régionale. « L’investissement de WE! Fund marque une étape clé dans le développement d’Amar Bio Solutions. Il nous permettra d’accélérer la production et la commercialisation de solutions d’hygiène innovantes à base d’actifs végétaux, tout en renforçant nos capacités d’innovation et notre présence sur les marchés ouest-africains », a-t-elle déclaré à Seneweb.
Un véhicule né d’un partenariat avec l’ONU
Le WE! Fund — acronyme de Women Economic Empowerment Fund — a été lancé en novembre 2019 par le FONSIS en partenariat avec le Fonds d’équipement des Nations unies (UNCDF), agence spécialisée dans le financement du développement des pays les moins avancés. Son positionnement est celui du capital-développement destiné aux PME dirigées ou majoritairement employeuses de femmes, un segment de marché historiquement sous-servi par le crédit bancaire classique. Six ans après sa création, le véhicule revendique 5,26 milliards FCFA engagés dans quinze PME, soit un ticket moyen inférieur à 400 millions FCFA, en ligne avec la pratique des fonds de capital-amorçage africains.
La société F-Gestion assure la gestion opérationnelle du fonds. Sa présidente, Seynabou Ndiaye, qui dirige également le WE! Fund, insiste sur la logique d’accompagnement capitalistique. « Notre intervention permet à deux entreprises sénégalaises de franchir un nouveau cap industriel. Notre rôle est de leur apporter les ressources nécessaires pour accroître leurs capacités de production, structurer leur croissance et créer davantage de valeur et d’emplois au Sénégal », a-t-elle indiqué à Seneweb.
Un alignement opportun avec la Vision Sénégal 2050
Pour le FONSIS, ces deux opérations hors Dakar s’inscrivent dans le référentiel de politique économique du nouveau pouvoir, baptisé Vision Sénégal 2050, qui met l’accent sur la déconcentration de l’appareil productif et la constitution de bassins industriels secondaires. Son directeur général, Babacar Gning, revendique cet alignement. « Le FONSIS accompagne l’ambition de la Vision Sénégal 2050 de créer les conditions de développement de pôles économiques territoriaux », a-t-il souligné.
Reste que l’échelle du dispositif demeure limitée au regard des besoins. Les diagnostics de la Banque africaine de développement estiment à plusieurs centaines de milliards de francs CFA le déficit annuel de financement des PME ouest-africaines, dont le Sénégal compte selon l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (ADEPME) plus de quatre cent mille unités, pour l’essentiel informelles. L’enjeu, pour le WE! Fund comme pour les autres véhicules du FONSIS, sera d’accélérer la rotation de son portefeuille afin de recycler les premières sorties et de démultiplier l’effet d’entraînement sur l’industrie régionale.
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