Le débat politique libanais s’envenime autour de la nature exacte des négociations avec Israël conduites depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024. Selon des propos attribués au député et cadre du Hezbollah Ali Fayad, l’exécutif libanais n’engagerait plus une discussion d’égal à égal, mais négocierait, dans les faits, les conditions de sa propre reddition face à Tel-Aviv. La formule, sévère, résume la ligne d’une partie de la scène politique qui juge la stratégie officielle dangereusement conciliante.
Un vocabulaire de rupture au sein de la classe dirigeante
En parlant de « conditions de capitulation », Ali Fayad rompt avec la sémantique diplomatique habituelle du dossier. Le responsable politique conteste la lecture selon laquelle Beyrouth chercherait un compromis équilibré. Pour lui, l’agenda est dicté depuis l’extérieur, par l’administration américaine et par le gouvernement israélien, sans marge de manœuvre réelle pour les autorités libanaises. Cette accusation vise directement la présidence, le gouvernement et l’équipe chargée du suivi des discussions techniques sur la frontière sud.
Le contexte donne du poids à la controverse. Depuis l’accord de novembre 2024, censé stabiliser la frontière et acter le retrait israélien du Sud-Liban, plusieurs positions restent occupées par l’armée israélienne. Les frappes se poursuivent de manière ciblée dans la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth. Concrètement, le Liban n’a obtenu ni retrait intégral, ni arrêt complet des opérations. Ce déséquilibre alimente la thèse d’un rapport de forces défavorable que le pouvoir aurait acté sans contrepartie.
Le fond stratégique : désarmement et souveraineté
Au cœur du différend figure la question de l’armement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, et au-delà. Washington et Tel-Aviv pressent Beyrouth d’étendre le désarmement à l’ensemble du territoire, y compris aux stocks lourds détenus par le mouvement chiite. Pour Ali Fayad et son camp, céder à cette demande reviendrait à priver le Liban de sa seule dissuasion crédible face à un voisin dont les intentions territoriales restent, à leurs yeux, offensives.
La lecture opposée, portée par une partie du gouvernement, considère qu’un monopole de la force au bénéfice de l’armée régulière est la condition de la reconstruction et du déblocage de l’aide internationale. Le Fonds monétaire international, les bailleurs du Golfe et l’Union européenne conditionnent leur soutien à un retour de l’autorité centrale sur l’ensemble du territoire. Le pouvoir libanais se trouve donc coincé entre une exigence externe de désarmement et une réalité interne où le Hezbollah conserve un poids parlementaire et communautaire déterminant.
Une bataille de récits sur la légitimité des pourparlers
La déclaration attribuée à Fayad s’inscrit dans une bataille de récits qui dépasse la seule question militaire. En qualifiant la négociation de « capitulation », le responsable politique conteste la légitimité même du processus. Il ouvre ainsi la voie à une remise en cause publique de tout accord qui serait signé dans les prochains mois, notamment sur la délimitation terrestre et sur les garanties de sécurité réclamées par Israël.
Cette posture n’est pas isolée. Plusieurs figures issues de l’axe pro-résistance, ainsi que des voix indépendantes hostiles à l’ingérence américaine, dénoncent l’absence de transparence sur le contenu réel des discussions techniques. Aucun document consolidé n’a été soumis au Parlement libanais depuis la reprise du dossier. Reste que le gouvernement, de son côté, plaide pour une diplomatie discrète, arguant que toute exposition prématurée fragiliserait la position libanaise.
Sur le plan régional, la controverse résonne au-delà des frontières du pays du Cèdre. Damas, Téhéran et une partie des capitales arabes observent avec attention la capacité de Beyrouth à préserver une marge de souveraineté dans un environnement dominé par les priorités sécuritaires israéliennes et par la médiation américaine. Le résultat des pourparlers en cours servira de test pour d’autres dossiers, du tracé maritime aux modalités de la présence de la Finul.
La prochaine étape se jouera sur la publication éventuelle d’un cadre écrit, susceptible de trancher entre les deux lectures qui s’affrontent aujourd’hui à Beyrouth. En attendant, la formule employée par Ali Fayad marque un durcissement du langage politique, à quelques mois d’échéances parlementaires et budgétaires cruciales. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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