Gaza : Netanyahu étend le contrôle militaire israélien à 70% du territoire

A woman in traditional attire washes clothes among the rubble in Gaza, depicting resilience.Photo : Hosny salah / Pexels

L’extension du contrôle militaire israélien sur la bande de Gaza relance les inquiétudes quant à la viabilité du cessez-le-feu conclu à l’automne 2025. Benjamin Netanyahu a en effet donné instruction à l’armée d’élargir son périmètre opérationnel jusqu’à couvrir environ 70% du territoire palestinien, une décision qui contrevient directement aux termes de la trêve. Sur le terrain, deux frappes menées ces dernières heures ont causé plusieurs morts et des dizaines de blessés, ravivant les craintes d’une rupture totale de l’accord. La pression internationale, déjà soutenue depuis l’automne, monte d’un cran.

Une trêve d’octobre 2025 vidée de sa substance

Le cessez-le-feu obtenu il y a plusieurs mois reposait sur un équilibre précaire entre exigences sécuritaires israéliennes et impératifs humanitaires palestiniens. La feuille de route prévoyait notamment un retrait progressif des forces israéliennes de certaines zones de l’enclave, en contrepartie de la libération échelonnée d’otages encore détenus et d’un acheminement renforcé de l’aide humanitaire. Or, l’élargissement du contrôle militaire annoncé par le cabinet Netanyahu inverse cette dynamique. En consolidant son emprise sur les trois quarts du territoire, l’État hébreu prend le risque assumé de vider l’accord de sa portée pratique.

Les médiateurs régionaux, en particulier le Qatar et l’Égypte, voient leurs efforts diplomatiques largement remis en cause. Washington, parrain historique du processus, peine pour l’heure à imposer un cadre de désescalade. La marge de manœuvre des intermédiaires se réduit à mesure que les opérations militaires s’intensifient et que les pertes civiles s’accumulent. Le Hamas, de son côté, dénonce une violation caractérisée, sans pour autant rouvrir la voie à une reprise franche des hostilités armées.

Une crise humanitaire qui s’enracine dans la bande de Gaza

Au-delà des considérations politico-militaires, la situation humanitaire dans l’enclave continue de se détériorer. Les organisations onusiennes alertent depuis plusieurs semaines sur la persistance d’une famine touchant une part substantielle de la population gazaouie. L’accès aux soins, à l’eau potable et à l’électricité demeure très partiel, tandis que les corridors d’acheminement de l’aide subissent les contrecoups directs des opérations terrestres. L’extension de l’emprise israélienne sur de nouvelles portions de territoire complique encore le travail des ONG, contraintes de renégocier en permanence leurs itinéraires logistiques.

Les deux frappes menées durant le week-end illustrent cette précarité. Plusieurs civils figurent parmi les victimes, et les hôpitaux de l’enclave, déjà saturés, peinent à absorber l’afflux de blessés. Les agences humanitaires rappellent que la mortalité indirecte, liée à l’effondrement des services de base, dépasse depuis longtemps la mortalité immédiate des bombardements. Ce constat alimente une critique croissante de la stratégie israélienne, y compris dans certaines capitales occidentales jusqu’ici alignées sur Tel-Aviv.

Un dossier qui pèse sur l’agenda diplomatique régional

L’évolution du dossier gazaoui dépasse largement le cadre bilatéral israélo-palestinien. Elle conditionne la relance des discussions de normalisation entre Israël et plusieurs États arabes, freinées depuis l’embrasement d’octobre 2023. Riyad, en particulier, a fait du sort des Palestiniens une condition préalable à toute avancée significative. Le maintien d’un statu quo militaire à 70% de contrôle israélien complique également les projets de reconstruction post-conflit, dont les contours financiers sont à l’étude au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de plusieurs bailleurs internationaux.

Pour les chancelleries européennes, l’équation devient politiquement coûteuse. Paris, Berlin et Londres avaient salué l’accord d’octobre 2025 comme une fenêtre d’opportunité, voire comme un préalable à la reconnaissance d’un État palestinien. La perspective d’un retour à une logique de pure occupation militaire, sans horizon politique, fragilise ces positions. Reste à savoir si la pression conjuguée des médiateurs et des partenaires occidentaux suffira à infléchir la trajectoire imposée par le cabinet Netanyahu, ou si la trêve issue de l’automne dernier rejoindra la longue liste des accords gazaouis morts avant terme. Selon France 24 Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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