Liban-Sud : une embuscade du Hezbollah ébranle le Bataillon 52 de Tsahal

Drone shot of military tanks displayed outdoors at a museum in Jerusalem, Israel.Photo : Lio Voo / Pexels

Les ultimes heures précédant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah au Liban-Sud ont été marquées par une embuscade meurtrière qui a désorganisé l’un des bataillons de Tsahal engagés sur le terrain. Selon des informations relayées par le quotidien israélien Yediot Aharonot et reprises par la presse libanaise, le « Bataillon 52 » de la brigade blindée 401 aurait été pris au piège par des combattants de la formation chiite à quelques heures du silence des armes, dans un secteur frontalier dont le contrôle restait disputé jusqu’au dernier moment.

Une embuscade à quelques heures du cessez-le-feu au Liban-Sud

D’après le récit publié par Yediot Aharonot, l’unité israélienne progressait dans un village du Liban-Sud lorsqu’elle est tombée sur un dispositif préparé de longue date par la résistance libanaise. L’embuscade aurait combiné tirs de missiles antichars, engins explosifs improvisés et feux croisés d’armes légères, mettant temporairement hors de combat plusieurs véhicules blindés. La séquence aurait provoqué des pertes humaines et matérielles que le commandement militaire israélien aurait cherché, dans un premier temps, à minimiser dans sa communication publique.

Le moment choisi pour cette opération n’a rien d’anodin. À quelques heures de l’entrée en vigueur de la trêve négociée sous médiation américaine et française, les deux camps cherchaient à consolider leurs positions sur le terrain afin d’aborder la phase post-conflit en position de force. Pour le Hezbollah, démontrer une capacité offensive intacte revêtait une portée politique autant que tactique, après plus de deux mois d’une campagne israélienne marquée par des frappes massives sur la banlieue sud de Beyrouth, la Bekaa et le Sud.

Le « Bataillon 52 » et les failles tactiques de Tsahal

Le journal israélien décrit une unité prise de court par la sophistication du dispositif adverse. Le « Bataillon 52 », rattaché à la 401e brigade blindée, est l’une des formations de char Merkava les plus aguerries de l’armée israélienne, déjà engagée à Gaza depuis octobre 2023. Sa neutralisation partielle, même brève, par des unités d’infanterie légère illustre les difficultés persistantes de Tsahal à conduire la manœuvre interarmes dans le relief escarpé et boisé du Liban-Sud, où les chars perdent une part de leurs avantages.

Plusieurs analystes militaires cités dans le sillage de la publication soulignent que la guerre asymétrique livrée par le Hezbollah s’appuie sur une connaissance fine du terrain, un réseau de tunnels hérité de la confrontation de 2006 et un stock de missiles antichars de fabrication iranienne. Le coût humain de la campagne terrestre, longtemps présenté comme limité par le cabinet de Benyamin Netanyahou, ferait l’objet d’une réévaluation à la lumière des témoignages remontés depuis le front.

Une bataille du récit qui se poursuit après les armes

Au-delà de l’épisode tactique, la publication de Yediot Aharonot s’inscrit dans une bataille du récit que se livrent les deux camps depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Côté israélien, plusieurs voix au sein de l’appareil sécuritaire reprochent au pouvoir politique d’avoir précipité l’accord sans atteindre les objectifs initialement fixés, à savoir le repli effectif du Hezbollah au nord du fleuve Litani et le démantèlement de ses infrastructures frontalières. Les fuites concernant le « Bataillon 52 » nourrissent ce procès en demi-succès.

Côté libanais, le mouvement dirigé par Naïm Qassem, successeur de Hassan Nasrallah tué dans une frappe israélienne en septembre 2024, tire argument de ces révélations pour conforter sa lecture d’une trêve obtenue par la résistance armée plus que par la diplomatie. Cette grille de lecture pèse directement sur le débat interne libanais autour du monopole étatique de la force et de l’application de la résolution 1701 des Nations unies, dont la mise en œuvre conditionne le déploiement renforcé de l’armée régulière dans le Sud.

Reste que la fragilité du cessez-le-feu, ponctué de violations quasi quotidiennes signalées par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), maintient la perspective d’une reprise des hostilités. Selon Al Akhbar, ces révélations confirment que l’épilogue militaire de l’automne 2024 dans le Sud n’a clos ni le dossier sécuritaire ni la confrontation politique régionale dans laquelle il s’inscrit.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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