Liban-Sud : Beyrouth dénonce une politique israélienne de terre brûlée

Explore the stunning ancient Roman ruins in Lebanon, showcasing historical architecture.Photo : Boris Ulzibat / Pexels

La situation au Liban-Sud continue de se détériorer en dépit du cessez-le-feu négocié entre Beyrouth et Israël. Les bombardements israéliens visent toujours des localités frontalières, malgré l’engagement formel de cesser les hostilités. Pour les autorités libanaises, la persistance des opérations militaires relève désormais d’une logique de remodelage du territoire, et non plus seulement d’objectifs sécuritaires liés au Hezbollah. Conseiller du ministre libanais de la Culture Ghassan Salamé, l’architecte Jad Tabet évoque sans détour une politique de la terre brûlée appliquée à des villages entiers du Sud.

Une stratégie militaire qui dépasse le cadre de la trêve

L’accord de cessez-le-feu, présenté à l’automne comme une sortie de crise, n’a pas mis fin aux frappes. Selon les responsables libanais, l’armée israélienne procède méthodiquement à la destruction d’infrastructures civiles dans la bande frontalière, démolissant des habitations, des écoles et des édifices religieux dans des zones déjà largement vidées de leur population. La continuité de ces opérations interroge la portée réelle de la trêve et la capacité des garants internationaux à la faire respecter.

Pour Beyrouth, ce qui se joue dans les villages du caza de Bint Jbeil, de Marjayoun ou de Tyr ne relève plus de la riposte ponctuelle. Il s’agirait d’une entreprise de table rase, visant à rendre impossible le retour des habitants vers leurs terres. Cette lecture, portée par le ministère de la Culture, rejoint celle de plusieurs organisations humanitaires présentes sur le terrain. La reconstruction, déjà chiffrée en milliards de dollars par les bailleurs, se heurte au prolongement des destructions.

Un patrimoine millénaire menacé d’effacement

Au-delà de l’enjeu humain et sécuritaire, la dimension patrimoniale prend une place centrale dans l’inquiétude libanaise. Plusieurs dizaines de sites historiques classés ou inscrits sur les listes de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) figurent désormais parmi les zones menacées. Le Sud du Liban concentre un héritage exceptionnel, sédimenté depuis l’Antiquité phénicienne, romaine, byzantine, croisée puis ottomane. Tyr, inscrite au patrimoine mondial depuis 1984, illustre à elle seule la densité de cette stratification.

Jad Tabet, architecte de renom et ancien président de l’Ordre des ingénieurs et architectes de Beyrouth, met en garde contre des dommages irréversibles. La destruction d’un site archéologique ne se compense pas par une reconstruction : la perte est sèche, définitive, et prive un pays d’une part de sa profondeur historique. Le ministère de la Culture multiplie depuis plusieurs mois les démarches auprès de l’UNESCO pour obtenir l’activation de procédures de protection renforcée, prévues par la Convention de La Haye de 1954 sur la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

Beyrouth cherche un relais diplomatique

L’arrivée de Ghassan Salamé à la tête du ministère de la Culture a donné une visibilité nouvelle à ce dossier. L’ancien haut fonctionnaire onusien, qui a notamment dirigé la mission des Nations unies en Libye, dispose d’un réseau diplomatique étoffé qu’il mobilise pour porter la voix libanaise dans les enceintes internationales. La stratégie consiste à inscrire la question patrimoniale dans la liste des dossiers traités par les médiateurs occidentaux et arabes, aux côtés des questions militaires et humanitaires.

Reste que les marges de manœuvre du gouvernement libanais demeurent étroites. Affaibli par une crise financière qui dure depuis 2019, l’État peine à financer ses propres missions régaliennes, sans parler d’un programme ambitieux de sauvegarde. Les partenaires européens, en particulier la France, sont sollicités pour soutenir des opérations d’urgence sur les sites les plus exposés. Concrètement, il s’agit de documenter, sécuriser et, lorsque cela demeure possible, évacuer les pièces mobilières vers des espaces protégés.

Dans le même temps, l’absence d’un véritable mécanisme de contrôle international sur le terrain limite la portée des protestations diplomatiques. Beyrouth mise donc sur la pression médiatique et juridique, en espérant que la documentation rigoureuse des destructions pèsera dans les négociations à venir sur la frontière sud. Selon France 24 Moyen-Orient, Jad Tabet appelle la communauté internationale à prendre la mesure d’une politique qu’il qualifie de terre brûlée, dont les effets dépasseront largement la séquence militaire actuelle.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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